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HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE

bid DES FRANCS, PAR GEORGES FLORENT GRÉGO ÉVÈQUE DE ToUns,- + EN DIX LIVRES,

A PARIS, DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET,

RUE DE VAUGIRARD, N? 9.

M DCCC XXXVII.

HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE DES FRANCS,

PAR GEORGES FLORENT GRÉGOIRE, ÉVÈQUE DE TOURS, EN DIX LIVRES; Revue et collationnée sur de nouveaux Zllanuscrits,

ET TRADUITE

PAR MM. J. GUADET ET TARANNE.

TOME SECOND,

PAR N. R. TARANNE, PROFESSEUR DANS L'ACADÉMIE DE PARIS.

A PARIS,

CHEZ JULES RENOUARD,

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE L'HISTOIRE DE FRANCE, RUE DE TOURNON, 6.

1837.

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Le Commissaire responsable soussigné déclare que le présent travail de M. Taranne, comprenant le texte et la traduction des livres v, v et vi de l'Histoire DE GRÉGOIRE DE Tours, lui a paru digne d'être publié par la Société de l'Histoire de France.

Fait à Paris, le 28 Mars 1837.

Signé GUÉRARD.

Certifié, Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France, J. DESNOYERS.

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AVERTISSEMENT.

Lx désir de présenter au public un travail qui fût digne de fixer son attention a seul retardé la publication de ce volume. La traduction en était achevée depuis long-temps; mais c'était à peine la moitié de notre tâche. Nous nous étions pro- posé d'abord de suivre le texte de Ruinart; et aux variantes recueillies par lui, et par D. Bouquet, qui a eu deux mss. de plus à sa disposition , nous devions seulement ajouter celles que nous offri- raient les deux mss. nouveaux dont ils n'ont pas eu connaissance. Cette collation ayant appelé no- tre attention sur divers passagés importans, nous avons recouru aux anciens mss. de la Bibliothé- que Royale; et aprés l'examen des passages en question , nous avons senti la nécessité de colla- tionner de nouveau, d'un bout à l'autre, deux mss. au moins; celui de Corbie pour les six pre- miers livres, et le Colb. m. pour les cinq derniers. On concoit qu'un pareil travail, fait minutieuse- . ment, a emporter une grande partie du temps . destiné d'avance à la confection de ce volume,

Sur la nature et l'importance des divers mss.

-* » *

viij AVERTISSEMENT. que nous avons pu consulter , voici , en apercu, le résultat de nos observations :

Le ms. de Corbie semble étre le fond commun des mss. de Beauvais, de Cambrai, de Metz ou Colb. a. et du Reg. B. Cependant, ni toutes les lecons du texte, ni le nombre des chapitres ne sont entiérement les mémes dans ces cinq ma- nuscrits.

Le plus semblable à celui de Corbie, est celui de Beauvais (autrefois ms. de Loisel), dont il ne reste guére que des fragmens. Il le copie mot pour mot, à moins qu'il ne soit le plus ancien des deux. Cependant on y voit des omissions qui n'existent pas dans celui de Corbie. Tous deux offrent partout les mémes variantes, les mémes fautes, excepté dans un seul endroit peut-étre; c'est au liv 1x1., ch. 19, Beauvais donne scanolo- num ; Corbie, cabillonum.

Colb. a et Reg. B. ont entre eux à peu prés la méme ressemblance; cependant tous les chapi- trés ne sont pas les mémes.

Le ms. de Cambrai, collationné à Cambrai par M. Leglay, est, aprés Corbie, le plus original et plus. précieux de ces mss., du moins pour les six premiers livres. Il offre beaucoup de ressemblance avec Corbie; mais il en diffère assez pour confir- mer au besoin son autorité.

Je ne dirai rien du Reg. A, qui n'est presque

AVERTISSEMENT. ix d'aucune autorité, tant il a été rédigé avec négli- gence. Le copiste n'a pas pris la peine de con- duire jusqu'au bout certains chapitres, qui, ce- pendant, sont dans tous les autres manuscrits. D'ailleurs il nous manque au ch. 16 du livre iv.

Le ms. Colb. m. parait reproduire assez exac- tement celui de Cluni; mais nous n'avons plus ce dernier.

Malgré ces ressemblances, les nouveaux mss. nous ont été fort utiles , en ce qu'ils nous ont of- fert des leçons qui existaient, il est vrai, dans quelques uns des anciens manuscrits, mais qui n'avaient pas été remarquées par nos devanciers. De plus, ils nous ont amené à en découvrir aussi de nouvelles dans les mss. qu'ils avaient; ce semble, consultés avec le plus de soin ; entre autres, celui de Corbie. Il suffira, pour s'en convaincre, de l'indication de quelques passages nous avons changé le texte de Ruinart. Liv. iv, chap. 9, 13, 14, 16, 52; liv. v, chap. 20, etc. Voyez les notes sur ces divers passages.

Au chap. 19 du v' livre, p. 23o, une variante de Reg. B. ostia basilicæ erumpere, nous a fait comprendre le véritable sens de rumpere, que nous avons cependant conservé dans le texte. Les notes latine et francaise font justice du sens que nous avions adopté et commenté dans la préface de l'édition latine.

x AVERTISSEMENT.

Pour les trois premiers livres, la collation du ms. de Corbie nous a offert une foule de varian- tes, dont nous indiquerons les principales : ce sera le complément nécessaire de la partie criti- que de notre premier volume. .

Nous renvoyons aux pages de l'édition latine- francaise.

VARIANTES DU MANUSCRIT DE CORBIE.

P. 2,1. 6, refrigesceret, Corbie et Reg. À, tepesceret. l. 13, reperitur, Corb., repperiretur. Reg. A, repperietur rethor. P. 4,1. r, affatu, Corb., effatu. P. 10, l. 6, adplene, adpæne. l. 10, apud nostrum, etc., apud Deum. P. 12, l. 7, consemp. essentia, consempiternum esse essentia. l. 18, Antichristum, etc., Antichristum prius esse ventu- rum (place vide dans le ms.). Sed primum circum- cisionem, etc. Veanmoins le sens est complet. l 8, adoptivo, adoptativo. l. 18, Victorius, Victorinus. l. ultim., mundi elementa, mundi totius elementa. P. 18, 1. 5, cum Deo, cum Domino. l. 10, tantumque Noe, tantum Ne (pour Noe). 1. penult., anni mille ducenti, etc., ticexuir, c'est-à-dire, 2242 (1). P. 20,1. 9, idololatriz.... statuunculam, idolatriz..,. staticolum adorandum. l. 17, Sennaar, Sennachar. l. 25, Babel, Babyl. l. ultim., et sicut Orosii, et deest.... Horosi.

(1) C'est ce chiffre tt pour mm. qui a causé l'errenr : on l'a pris pour un mil. Bouquet , d'après Ruinart , donne mille ; et cependant, à la fin du livre tv, il donne bis mille; et à cet endroit Corbie le représente également par ce chiffre iz, comme plas bas, 5000 par v.

24,

M jun Pen Det nt pus

. 19, Urbano, Prilidano, etc.;

AVERTISSEMENT. xj

. 14, Arphaxad, etc., Arfaxath.... Falech, Rheu. . 18, aedificavit civit, comme les mss. de Cambrai et

Heg. B.

. penult., octogesimo, octogesimo nono anno. . 14, manipulos legens, etc., legens, suum fratrum ma-

nipuli ad.

. 18, viginti, Wu.

5, utuntur, abutüntur.

. 20, altera civitas, altera deest.

5, abutentes, sic et Corb.

. 12, probantur victibusque, probantur deest, victibus

pascuntur.

- 17, LXXVI, sexaginta sex, en toutes lettres. . 20, facientes et, deest.

. penult., Amon , Ammon.

- 44, 1.

1, Gyges, Cisces. 4, imperatores, imperium.

. 15, emisso, amisso. . 21, majorem...sævitiam, majorem in eum odium ha-

bentes sævitiam ut gestam Pilati , etc.

. ultim., liberatur, liberabatur.

5, requirerent, inquirerent.

6, nunc valemus , non valemus.

11, residet, resedit.

2, proprie in se, proprie se manibus ictu libravit.

. 18, artis magistrum , artis argumento magistrum. . 20, quod Christum, etc.,

,Christum filiàm Dei (pour

rbani;-Prilidani, Epo-

loni.

. 20, Sixtus, Xystus.

6, Gatianus, prius Catianus correctum in gat. 21, ccelo sancto tuo , sancto deest.

1, acquisitos , adquoesitores.

5, isti , iste.

7, Scalptis , sculptis.

8, crassitudinem , grossitudinem.

9, musivo, museo.

4, multis undique virtutibus , undique deest. 14, Thracia , Tharacia.

6, octogesimo , octuaginsimo.

xij AVERTISSEMENT. P. 88, l. 7, vigesimo, vicinsimo. - |. 10, habebatur , habetur. P. 9o, l. 18, monasterii privilegio, monasterio privilegio (pro privilegium (1). L 20, his vero, his ergo ; sic et Ruinart. l. 25, Pictavis, Pectavensibus. P. g2, l. 5, Vingennam, Vincennam. l. ultim., vMpxtvt , VosxLvi (5506) (voyez la note à la fin du 1v* livre). P. 98, L 9, cum id, cum idem. l. 10, præstet, prestitit. l. 18, quante fames, que fames. . 100, l. 10, adjuvante, jubente. . 108, 1. 14, Vandali .... digressi, Wandali .... degressi. . 110, l. 17, Deoque omnip., que Deo, l. 21, fidei parma, fidei arma. l. ultim., quid plura, quid plurima. : P. 112,1. 2, ad rebaptizandum , ad baptizand. l. 6, credo esse substantie , ete., credo esse substantia. quz dicto aquas. L 10, dicatur, desecatur. P. 114, L 2, quorumdam ipsorum , quorumdam ex ipsis. 1. 5, replicanda, republicanda, l. 12, cum se videret, oum se vi videret. l 4, deceptum , deest. l 5, in populo , in populos. l. 10, te beatissime , ad te beatissime. l. 19, reliqui a te mer... reliqui ante mer.... l. 15, Si , inquiunt, si deest. l. 19, cum Deo patre, Deo deest. 1 1 L 1 1

"oo

. 2, ille autem, etc., ille autem eos exorat. . 4, crucem super , crucem Christi super. . 12, lucem ulli, ulli deest.

. 15, facem fidei , faciem fidei.

. 17, pravitate , in pravitate.

(x) Ici est une faute grave dans la note 1, empruntée à Ruinart, Corb. duo est à supprimer comme ne faisant aucun sena. Il n'y a qu'un ms. de Corbie, et on voit que la leçon qu'il donne ici est différente du texte de Ruinart. Plus tard, dans les notes, nous citons denx mss. de Colbert, Coíó, duo, mais ni l'un ni l'autre ne contient le premier livre.

P2126,1. 5, 2, . 15, 16, 19, 20, 3, 4,

-

——————

9; 10,

AVERTISSEMENT. xu

denudari , denutari ( peut-étre pour denotari ).

fraudem , famam.

ubi et finem , ibi et finem.

creberrime, et creberrime.

Octavianus vero , et Octavianus arch...

adserentium , adserentes.

eo tempore , deest.

tunc et sol teter, et sol ter apparuit obscuratus ita ut.

eluceret , luceret.

sed et.... enecabat , deest sicut et in Bell.

expelleretur , depelleretur.

nunc vero ad , sed ad.

Domini ; Dei.

seque semper , sibique s....

adjunctis sibi , adjunctam sibi,... patrocinia.

ad Dominum , ad Dei misericordiam.

. penult., accelera, adcelerare. . ultim., compone , componere.

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3 2,

4,

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4 17,

g 7 P. 140, 6, L 8,

1, require, quere; peut-étre compone requære ( pour

require ).

. ibid. migrabis , migraberis.

perveniunt , pervenerunt. :

&iunt enim priusquam, aiunt enim quia priusquam.

ac dicentem , hac ( forte pro hzc) dicentem.

carebit incendio, non carebit incendium (1) ( pro incendio ). .

sanctitatis , sanctitate. ;

fisus , fidus, Es

Thorismodus , Thursemodus, et sic infra sape.

non est ejectus , non est nánctus.

pavore perterritus, etc., pavore territus aditum per fores, ut evaderet querit.

nunc illuc propero, etc., nunc illum propero vi- ventem exinde reducturus.

arcanumque Dei vulgare, archanumque divulgare.

(1) Non rend cette phrase inexplicable; aussi une écriture fort ancienne a corrigé carebit en supprimant a, au moyen d'un point au dessus et an des- sons, et a ajouté au dessus du mot, ma, pour faire eremabit ; alors incendium reste an nominatif.

P. 158,

AVERTISSEMENT.

15, "Theodorus vero ; Theodor vero 7; historiarum, deest,

. 12, dicat, deest.

- 17, Obsidiatus, obsedatus.

+ 18, devinctos, adjunctos.

+ 20, ipsia tergo, etc., ipsi vero adoriretur , se ad fronte

venturum. 6, obses , obsessus. 8, Johannis curam, Johannis cura palatii. medii etc.

: 10, quo neque infirm.... quod neque inf....

1, ex adverso , adversum. 6, ullatenus, Valentinus.

- 15, Nannenus, Nanninus , plus bas, Nannenus. + 16, militie, militaris.

3, congressus , ingressus. 5, consultaretur de, consultarentur succensu.

- 16, stoliditas , soliditas. + 10, cæsæ legiones , cæsæ legionis. - 11, Jovinianorum, Jovianorum ( correction proposee

par Valois).

2, auctores, actores,

4, puniretur , poneretur.

7; impetratisque, imperatorisque.

9, nescimus, etc., nescimus deest, an in vices tenue- rint regum (ce dernier mot a ete corrige'en regnum).

. 12, Thracias , Tharcias. + 20, quod eodem , quod deest. - ultim., ratus tuto, narus( pour guarus) toto.

4, Bricteros , Brictoris. 5, proximos pagum , proximum pagum. 7; Ampsuariis , Ampsivariis et Chatthis.

* 11, pretermittens, prætermissum.

- penult., disseruit, exseruit.

- ultim., cujus, cui (ut sepe alias cum verbo memini }: - 10, cur non nominet , deest.

- 14, quo de summa , quoque summo rerum. - 15, factum est, quo factum est.

. 21, Hispanias, Hispaniam.

. penult., se comit.... suo comit...

- 11, deditur, egreditur.

. 18, et crudeliter , et deest.

. 11; idque , itaque.

P

P. . 198, L 5, cum equis, cum equitibus (a. souvent le méme

AVERTISSEMENT. xv

. 14, Aschilam, Ascylam. 1, meridionalem , meridianam. . 19, non sint tibi, etc., sic et Corb. . 21, in ccelo est , in ccelo sunt. 9, scortis , scorto. . 11, adulteris , alteris. - 15, inlata fuissent que, inlata fuisset quod. . penult., mentium , mendum. 2, sileat, etc., timeat autem a facie. in sculptilibus , in deest. 17, confundantur , confundentur.

1, dissolvatur , dissolvantur.

2, tolluntur , tollentur. 14, intellexerunt , intellexit. . 16, ut valde , ut deest. 9, Childericus vero , vero deest. . 11, detrahere, trahere. . penult., repedabis , repetebis. 5, unanimiter, uniamiter (corrige en unianimiter). . 12, de tanta reg.... de deest. . penult., hic pontifex, hic deest. . ultim., si enim, etc., si enim hodie videas. 5, Dynamium, Dinamium. 7, sanctitatis ac, deest. - 13, erigere, egredere.

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. 176, L 9, vobis Dominus, Dominus deest. - 382, l. 9, deBiturica , de Bitoricas. 1

- 16, his itaque gestis, his ita gestis. 184,1. 8, cryptæ, scripte. ui L 10, et columnas , et deest. 196, 1. penult., sed tempore , sed deest.

sens ). $ 8, ad domum, ad domos. 1:16, 17, obedieris, obaudieris. l. 17, 18, refectione , refectionem... satiaberis.

. 202, l. 4, ad civitatem , apud civit...

|. 6, Ragnachario, etc., Ragnario.... quia et ipse tene- bat.... campum pugne , etc. ( fere ut Ruinart ).

. 204, l. 7, usque Suessionas, usque Sexonas.

l. 10, 11, cuncto onere, cunctum munus. L 13, hocenim , hoc est.

P. 210, l. P. 212,

P. 214,

P. 216,

P. 218,

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P, 220, 1. 1. l.

(x) Cette date, que nous avons trouvée dans Cambrai et Reg. B., existait déjà, comme on le voit, dans Corbie; et cepéndant Ruinart la rejetait comme

A v ik 1 120 £0 pov L.

. 19, cum illi hec, illi deest.

4, interram, terra. 5. colligendum eam, eam deest. 7; apud Suessionas , apud deest.

. 15, Gundeuchus , Gundeucus.

. ultim. Chrona , Crona.

. 12, igitur rex, rex deest.

. 18, hominum, etc., homines fuere non Dii. . 19, qui filio, qui a filio.

. 20, ut ipse Jupiter, ut ipse Jovis.

4, divini numinis , divini nominis. 5, habuere, habere. 10, aliud fieri, fieri deest.

. 14, predicare regi, regi deest.

1, diceris , dignaris. 4, probasse se pred., se deest.

. 15, cohortatoque pop., cohortato pop. . 17, actum anno xv regni sui, sic (1). . 20, jubet, deprecans, jubet et deprecans.

1, accersitum, secretius, accersitum secretius (2). 4, audiam, audiebam (5).

. 10, Deosabjicimus , Deos abigemus. ^ . 15, platez , ecclesie, etc., sic.

17, talemque ibi, talemque sibi. 2, infit, infert... Sigamber.

4, erat enim , erat autem.

5, adprime, adprimum.

. 19, sed de hac re, de hac re deest.

5, audiens, auditas. 9, de regno, de regione. 21, auxilium prebebo, auxilio præbeam.

n'étant autorisée par aucun ms.

(2) Aprés secretius est un point ou signe de repos, dans le ms. de Corbie. Je joindrais volontiers ce mot à accersitum. Il est tout naturel que Remi fasse ve-

nir le roi en secret.

(3) Je préférerais audiebam. Clovis a déjà entendu souvent Remi, quand il parle ainsi : Je vous ai écouté avec plaisir; mais le difficile est de persaader mon

peuple.

P. 222,

P. 224,

P. 246,

P. 248,

l. l. L L L L L 1

L !

l. l. l. l. l.

l. l. l. l. l. l. l. 1. 1. I. l. L l. 1.

. J AVERTISSEMENT. xvij

4, at ille, et ille.

6, tergà dedit, terga vertit.

7, paludesque, deest.

17, adquem ad se , quem ad se.

ultim., evertat, noceant. |

7, humilis servus, servus deest.

18, ministrabo , ministrabam.

+ 19, erit, erat.

2, illi nocere, etc., illi nihil nocere prævales. 9, €t de presenti, et deest. 17, ab urbe, deest. 15, uni quidem, unus quidem. 21, avito, deest. 8, te pereunte, te deest.: 16, tam illa quam, etc., tam illam qu» Euticis quam . qua Sabellius. 11, territorii, territorium. 16, moleste fero, molestum fero. ultim., et nihil, et deest. 16, maturantibus , iterantibus. 1, psalterium , psallentium, sic Rwnart. 11, eminus, deest. 18, diriperent, deriperent. 19, sanctitatis, sanctitate. 6, geniculo, genicolum. 8, advenientes , evenientes. 15, Theudericanr, Theodericum. 16, Ruthenam, Rutinam. " 19, viginti duo, annis duodecim (1). 11, inter portam, etc., inter portam atrii ecclesiam civitatis est.

P. 2505 1. 15, redderetur, reddebatur. v P. 252,47 5, incidit, incessit.

L 1.

7, et ea que, ut ea que. 17, que in patrem, quod in patrem.

(1) Cette date erronée s'accorde bien avec l'an 15* de Clovis (v. P-244), à laquelle ce ms. rapporte la guerre contre Alaric. 11 semble la placer dix ans trop tôt ; et cependant il met la mort de Clovis à la cinquième année depuis la bataille de Vouillé, et donne à ce prince 3o ans de régne. Pour étre consé- quent avec lui-même, il ne devrait lui en ‘donner que 20.

I.

b

P. D

. 256,

. 258,

. 260,

. 264,

. 266,

. 268,

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AVERTISSEMENT.

. 19, et filius, vel ( pour et) filius. . penult., velim.... Buconiam , vellim ( pour vellem) Bu-

goniam.

. 17, 18, neutram... partem , neutraque adjuvans parte. . 20, ob hanc, etc., ob hanc causam Chlodovechus in-

dignans contra eum abiit.

. penult., conqueretur, conquireret.

16, sibi armillis, sive armillis. 20, commovisset, commovissent. 6, Richario, Riechario.

8, vinciri, vincere.

11, tribuisses, præbuisses.

19, luituri , lugituri

14, Chrotechilde, Chrodechilde.

17, ergo, vero.

. 19, undecimus annus, undecimo anno.

22, sancti Mart. beati M. 25, in hoc loco, loco deest. 1, Prologus, deest. 2, velim, vellim. 20, et patrie paradiso, et patriz et paradiso.

. 22, adjutorio ejus, ad adjutorium ejus.

16, Chlothacharius, Chlotcharius.

. 18, Theudericus.... Theudebert , Theodoricus....

Theodeb. 20, et eis, ut eis. 5, Licinio, Liceno. 5, Aprunculi, Abruncoli 9, Rutheno, Rutino.

. 11, Apollinaris, Apollonaris, infra Apollonari.

, cum autem haec, etc., hoc Theuderico nunciatuin fuisset. , Bertharius, Bertecharius, izfra Bertharium. 6, in sequenti , in sequente. 3, Sigimundus, Sygismundus.

- 21, non surget, non surgat.

1, Sic dixisse, se dixisse. 2, qui per, quia per. 5, Agaunenses, Agaunes.

. 10, Chrotech , Chrodech. . 12, indignamini, indignate.

5, Aurelianensis urbis, Aurilianensim urbem.

AVERTISSEMENT. —— xix P. 18, r 8, Miciacense , deest.

+ 10; respiciens , respiceres. 1, inimicorum suorum , suorum deest.

+

1

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l. 19, Arvernis, Arverno. l. 5, miseram, deest.

l. 15, Lovolautrum , Jovolau l

1

1

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. 22, audientes hec, 4, obsessi... castri, 6, 7, castrum.... munitum , .' 8, centenorum, centinum. k 12; per portam , per totam rivus defluat ( munitionem n'y est pas). L 16, arrepta aliqua preda, arreptum aliquid preda. 1. 18, quinquaginta , sic (malgre l'observat, de Ruinart.) l. penult., ne interficerentur, sine hii interficerentur. L 6,itaut, —itqueut. ^ & : l 9, siita es, si ita est. e D _1. 12, Arvernis, Arvernum % "dy x 18, et egressus , et deest. Li. 7, studuit, studet. » 15, Aregisilum , Aregyselum. s 4, congregati, adgregati. 7, eris cum eo, eris coram eo. 15, intente o populi ? intento populi ? an numquid. 20, quia perjüriis, qui perjuriis. 2, neuter, étc., nullus contra alium. 8, servos sibi ex his fecit, dent. . 13, termini, deest.

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XX P.

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304,

. 306,

. 308, 1.

. 310,

. 312,

. 314, À

. 320, 1.

. 322,

. 328, ‘330,

. 332,

AVERTISSEMENT.

l. 15, misit pueros, pueros destinavit, qui inventum.

l. 17, de coquina, ex coquina.

L r,arudi, a deest.

l 2, operis, opere.

l. 7, me melius, a me melius.

l. 1, cognosceretur, etc., ut non cognoscerentur simul. l. 22, mihi nisi , mihi necesse nisi.

l. 9, enatantes, natantes.

l. 11, noctis ingressi silvam, etc., noctis, silvas latuerunt. l. 14, et parumper, et deest.

l. 17, ne appareamus , nec appareamus.

l. 1, juberem, jubebam.

l. 3, et hos inquirens, et deest.

l. 4, diversisque sceleribus , que deest.

l. 11, ut in aliam, et in aliam.

l. 14, vovens, ea quz, etc., vovit, que semplum abst. 1

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. 15, et hujus virtutis, hujus virtutes. 1, axillam, ascella. . ultim., Chlodovaldum , Chlodoaldum. 2, is postposito , is deest. . 7, talem se, etc., talemque se exhibuit. . t0, omni honestate, omni deest. . 12, providit, prævidit. . 20, utsitum, ut deest. . 25, habens, deest. . 5, Guntharius, Gunthecharius ( alibi, Guntharius ). ibid. , Ruthenos, Rotinus. . 5, Biterrensem , Bitturensim. . 6, atque hinc, etc. atque in predam deripuit. . 7, deinde ad aliud castrum , deinde alium castrum. ibid., legatos, ligatos (mais on trouve à tout moment e pour i, et réciproquement. ) 1. 11, Deuteria, Deoteria. 1. ultim., Givaldum filium, etc.,— Sigivaldi filium neci daret. l. 10, Givaldus , Sigivaldus, et de méme plus bas. l. 9, cui ille congaudens, quem ille gaudens ac. l. 11, in fisco suus, in fisco suo. l. 19, omne tributum, omni tributo. 1. 20, reddebatur reddebebatur ( mendose, forte pro reddi debebatur, vc/ pro redhibebatur, ut 1v, 18, p- 54 et not. 4). | 3, cumque jam, cum jam.

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. 346,

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AVERTISSEMENT. xxj

. 12, æstimans se, se deest.

. 14, in silvis illis, illis deest.

. 26, descendentibus, decentibus. . penult., metuentes , timentes.

4, precabantur, etc., veniam precabantur Deo. 7, sed nec anhelitum, etc., sed nec a nullo ullius venti.

. 12, post hac.... Hispaniam , hzc deest... Hispaniis. - 13, quam ingressus , qui ingressus. . 21, totam spem, etc., totam spem locus ille ad Domi-

num misericordiam retulit. 1, inflecteretur, flecteretur.

- 9, hi spoliis, hi deest.

- 12, Theudegisilum , Theodegyselum. . 20, statuerent, statuerunt.

. 21, rex Italie, rex deest.

ultim., animi sui, amici sui. 2, Traguilanem, Traguillanem.

8, contra eam, contra eum.

. 11, reduxerunt, duxerunt.

. 13, communicent , accedant, et ex alio.

- 18, in sancta, in sanctam, ainsi abrégé, scam. . ultim., ergo, vero.

340, 1.

1, Theodadum, Theodatum, plus bas, Theodadum. 5, eam in eodem , eam deest.

. 10, fuerit, fuerat. . 21, fraudaverant , infraudaverant. . 542, l.

1, in ditionem , in ditionibus. 2, Bellissarium , Belsuarium. 5, Narsetem , Narsitem.

7, Buccellinus, Buccellenus.

. 10, Narses, Narsis. . 22, lis seva, litis seva.

- 944, 1.

5, et rex, et deest. 4, dedidit, dedit.

. 14, Desideratus autem , autem deest. . 17, jam domino, jam deest.

19, fuisset, oppressuni , fuisse oppressum.

. 20, tunc mane, tunc deest.

. 22, aliquid quis , quis deest.

. 14, inflixisset , inflixit.

+ 16, et a duobus, ac duobus.

. ultim:, ante annos aliquot , ante aliquos annos.

xxij AVERTISSEMENT. P. 350, 1. 6, perscrutatus, perscrutatos.

l. 7, reperisset, reperissent. l. penult., iter, deest. P. 352, 1. 5, Theodobaldus, Theodovaldus.

Nous avons omis un grand nombre d'autres variantes qui offraient seulement des différences de cas et de temps: ainsi on trouve à tout moment dans ce ms. l'accusatif absolu au lieu de l'ablatif ; des nominatifs absolus; des participes passés passifs avec l'accus. : Æssumpto secum Gunthram- num , v , 14, p. 208 et 218; /nvocato nomen Do- mini, v, 26, p. 270. Les participes absolus au sing., quoique accompagnés du pluriel : excepto filiabus , v , 14, p. 214. Souvent l'accus. après des préposit. qui régissent l'ablatif: de ecclesiam , v, 4, p. 180. En général, le latin en est beaucoup plus barbare que dans les imprimés. Est-ee le véritable texte de Grégoire qu'on aura corrigé depuis ? Ou plutót ce ms. ayant été rédigé à une époque (vin siècle) ou dans une province, le latin était encore plus corrompu, les copistes n'auront-ils pas altéré la rédaction originale et le style de notre auteur, en lui prêtant les formes barbares alors en usage ?

D'après les leçons plus importantes que nous venons de présenter, et qui lui sont souvent com- munes avec nos deux nouveaux mss., on voit que Ruinart en a tiré peu de parti; souvent méme, quand il s'en est servi , il l'a mal cité. Plusieurs de

AVERTISSEMENT. xxiij ces fausses citations ont été reproduites dans les notes critiques du premier volume. La liste des variantes que nous donnons y servira d'errata.

Trop de confiance dans le savoir éclairé qui a suggéré à notre illustre devancier tant d'observa- tions judicieuses , tant de rapprochemens ou de souvenirs historiques propres à éclaircir son texte, nous a fait adopter aussi une erreur d'un autre genre. Au liv. i, ch. 15, not. 2, à propos d'At- tale , il est dit que c'est celui auquel a écrit Sido- nius. Or , Sidonius était mort en 484, et le fait figure Attale se passe aprés 533. Cette faute d'inadvertance a aussi échappé à D. Bouquet.

Quant à certaines fautes. qui nous appartien- nent plus en propre, quas humana parum cavit natura, nous renvoóns à l'errata de ce volume.

Nous aurions désiré , dans les observations qui viennent à la suite de la traduction , résoudre tou- tes les questions intéressantes sur la géographie, la discipline ecclésiastique, le gouvernement ci- vil, l'état des personnes, ete., que soulèvent divers passages de notre auteur, et dont la solution se- rait le commentaire,le plus instructif du père de; notre histoire; mais nous avons senti tout ce qui nous manquait pour traiter convenablement tant de matières différentes. Souvent il nous a suffi de les indiquer. Mais cet aveu de notre défiance en nos propres forces, ou méme de notre igno-

xxiv AVERTISSEMENT. rance sur certains sujets, ne sera pas pour nous, nous osons l'espérer, une cause de défaveur au- prés des lecteurs éclairés dont nous ambitionnons l'estime, lors méme que nous ne pouvons mériter leurs éloges.

N. R. TARANNE.

Avril 1837.

SANCTI GEORGII FLORENTII GREGORII,

EPISCOPI TURONENSIS,

HISTORLE ECCLESIASTICÆ FRANCORUM

LIBRI DECEM.

HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE

DES FRANCS, PAR GEORGES FLORENT GRÉGOIRE,

ÉVÊQUE px TOURS,

EN DIX LIVRES.

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SANCTI GEORGII FLORENTH

GREGORII,

EPISCOPI TURONENSIS,

HISTORLE ECCLESIASTICAE FRANCORUM

LIBRI DECEM.

LIBER QUARTUS.

INCIPIUNT CAPITULA LIBRI QUARTI. (1)

1. De obitu Chrothechildis reginæ. 9. Quod Chlothacharius rex tertiam partem fructuum ecclesiis auferre voluit. 3. De uxori- bus et filiis ejus. 4. De Britannorum comitibus. 5. De sancto Gallo episcopo. 6. De Catone presbytero, 7. De episcopatu Cautini. 8. De Hispanorum regibus. 9. De obitu Theodobaldi regis. 10. De rebellione Saxonum. 11. Quod Catonem ex jussu regis ad episcopatum Turonici pe- tierint. 12. De Anastasio presbytero. 13. De levitate et malitia Chramni ; et de Cautino ac Firmino. 14. Quod Chlo- thacharius contra Saxones ivit altera vice. 15. De episcopatu sancti Eufronii. 16. De Chramno et satellitibus ejus, et malis quz gessit , vel qualiter Divionem advenit. 17. Quod Chram- mus ad Childebertum transiit, 18. De Austrapio duce. 19. De obitu sancti Medardi episcopi, et ejus sepultura, 20. De obitu Childeberti , et interitu Chramni. 921. De obitu Chlothacharii regis. 22. Divisio regni inter filios ejus.

———————M M M— €——Ó—— aUi MÀÓ

(1) Deest index capit. in Reg. B.

HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE DES FRANCS,

PAR

GEORGES FLORENT GRÉGOIRE,

ÉVÊQUE DE TOURS,

EN DIX LIVRES.

———

LIVRE QUATRIÈME.

SOMMAIKES DES CHAPITRES DU LIVRE QUATRIÈME.

1. Mort de la reine Clotilde. 2, Projet du roi Clotaire d'enlever aux églises le tiers de leurs revenus. 3. Ses femmes et ses fils, 4. Comtes des Bretons. 5. L'évéque saint Gall. 6. Le prétre Caton. 7. Épiscopat de Cautin, 8. Rois d'Es- pagne. 9: Mort du roi Théodebald. 10. Révolte des Saxons. 11. Par l'ordre du roi, ceux de Tours viennent de- mander Caíon pour é si, 19. Le prêtre Anastase. 13. Inconstance et malicé de Chramne.. Cautin et Firmin. 14. Seconde expédition de Clotaire contre les Saxons, 15. Épiscopat de saiht Eufrone. 16. Chramne et ses parti- sans; ses excès ; son arrivée à Dijon. 17. Chramne passe du côté de Childebert. 18. Le duc Austrapius. 19. Mort de l’évêque saint Médard ; $8 sépulture. 20. Mort de Childebert ; fin de Chramne. 21. Mort du roi Clotaire. 22. Partage de son royaume entre ses fils. 23. Expédition de Sigebert contre les Huns; Chilpéric envahit ses villes, 24, Le patrice Celse. 25. Femmes de Gontran. 26. Femmes de Chari- bert. 27. Sigebert épouse Brunehaut. 28. Femmes. de Chilpéric. 29, Seconde guerre de Sigebert.contre les Huns,

4 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

93. Quod Sigibertus contra Chunos abiit ; et Chilpericus civitates ejus pervasit. 24. De patriciatu Celsi. 25. De uxoribus Guntchramni. 26. De uxoribus Chariberti, 27. Quod Si- gibertus Brunichildem accepit. 28. De uxoribus Chilperici. 99. De secundo Sigiberti contra. Chunos bello. 30. Quod Arverni ad capiendam Arelatensem urbem jussu Sigiberti regis abierunt. 31. De Taureduno castro, et aliis signis. 32. De Juliano monacho. 33. De Sunniulfo abbate, 34. De Bur- digalensi monacho. 35. De episcopatu Aviti Arverni. 36. De sancto Nicetio Lugdunensi. 37. De sanéto Friardo recluso. 38. De regibus Hispanorum. 39. De imperio Jus- tini. 40. De interitu Palladii Arverni, 41. Quod Alboinus cum Langobardis Italiam occupavit. 42. De Eunii cogno- mento Mummoli origine. 43. De bellis Mummoli cum Lan- gobardis. 44. De archidiacono Massiliensi, 45. De Lango- bardis et Mummolo, 46. Quod Mummold$/Furonis venit. 47. De interitu Andarchii. 48. Quod Theodobertus civitates pervasit. 49. De Latta monasterio. 50. De Sigiberti reli- quis gestis; et quod Parisius venit. 51. Quod Chilpericus cum Guntchramno foedus iniit ; et de obitu Theodoberti filii ejus. 52. De obitu Sigiberti regis (1).

L Icrrur Chrotechildis (2) regina plena dierum, bonisque operibus predita, apud urbem Turonicam obiit, tempore Injuriosi episcopi : quee Parisius cum magno psallentio (3) deportata, in sacrario basilicæ S. Petri , ad latus Chlodovechi regis sepulta est a filiis suis, Childeberto atque Chlothachario regibus. Nam basilicam illam ipsa construxerat, in qua et Genovefa beatissima est sepulta.

(1) * In cod. Corb. Explicit capitulatio. Incipit liber quartus.

(2) * Corb., Chrodechildis. [Clun., Crodichildis.]—* Chrothigildis. Reg. B.— Chrodigildis. Cam.

(5) Sic mss. omnes prater Regm., qui habet, psallentium choro, et Bec. cum ed., psallentium preconio.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. 1V. 5 30. Départ des Arvernes par l'ordre de Sigebert, pour pren- dre la ville d'Arles. 31. Fort de Tauredunum , et autres pro- diges. 32. Le moine Julien. 33. L'abbé Sunniulfe. 34. Histoire d’un moine de Bordeaux. 35. Avitus , évêque de Clermont. 36. Saint Nicet de Lyon. 37. Le reclus saint Friard, 38. Rois d'Espagne. 39. L'empereur Justin. 40. Mort de Palladius d'Auvergne. 41. Invasion de l'Ttalie par Alboin et les Lombards. 42, Origine d'Eunius, surnommé Mummole, 43. Guerres de Mummolc avec les Lombards. 44. Histoire d'un archidiacre de Marseille. 45. Les Lom- bards et Mummole. 46. Arrivée de Mummole à Tours. 47. Fin tragique d'Andarchius. 48. Invasion de plusieurs villes par Théodebert. 49. Le monastére de Latta. 50. Der- niers actes de Sigebert; son arrivée à Paris. 51. Alliance de Chilpéric avegkGontran ; mort de Théodebert son fils, 52. Mort du roi Sigebert.

I. La reine Clotilde, pleine, de jours et riche de bon- nes œuvres , mourut dans la ville de Tours, au temps de l'évêque Injuriosus (1). Transportée à Paris, procession nellement et en grande pompe, elle fut ensevelie dans le sanctuaire de la basilique de Saint-Pierre (2), à cóté du roi Clovis, par ses fils les rois Childebert et Clotaire.

(1) En 545. Sa féte est célébrée le 5 join.

(2) Ce fut plus tard, comme on sait, l'église Sainte-Geneviéve. Ellé est ainsi nommée dans la chronique d'Adon , archevéque de Vienne, mort en 875 (D. Bouq., tom. n, p. 667). On sait aussi que l'on ap- pelait alors Zasiliques, non les cathédrales, mais les églises des mo- nastéres. (Voyez Mabillon, OEuvres posthumes, tom. wu, p. 357. D. Bouq.; tom. 1, p. 204, note sur le chap. 5, et tom. tit, p. 574 ,: note sur la Wie de sainte Batilde.)

. e

6 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

II. Denique Chlothacharius rex indixerat , ut omnes ecclesiæ regni sui tertiam partem fructuum fisco dis- solverent. Quod, licet inviti, cum omnes episcopi consensissent atque subscripsissent, viriliter hoc bea- tus Injuriosus respuens subscribere dedignatus est, dicens : « Si volueris res Dei tollere, Dominus regnum « tuum velociter auferet (1) : quia iniquum est, ut « pauperes, quos tuo debes alere horreo, ab eorum « stipe tua horrea (2) repleantur. » Et iratus contra regem , nec valedicens abscessit. Tunc commotus rex , trmens etiam virtutem beati Martini, misit post eum cum muneribus , veniam precans , et hoc quod fecerat damnans, simulque rogans, ut pro se virtutem beati Martini antistitis exoraret.

III. Chlothacharius (5) denique ipse rex de diversis mulieribus septem filios habuit, id est de Ingunde (4), Guntharium, Childericum, Charibertum, Guntchram- num (5), Sigibertum, et Chlotsindam filiam. De Are- gunde vero sorore Ingundis, Chilpericum. De (6) Chunsena habuit Chramnum. Que autem causa fuerit,

(1) * Corb. et Reg. B., aufert.

(2) * Horrea, abest in Corb.

(3) * Deest in Corb. et Reg. B, qui ceterum habet Chlotharius.

(4) * Ingude, Reg. B.

(5) [Clun., Guntrannum.] * Gunthchr... Reg. B.

(6) * Corb. [et Dub., de Chunsina.] "Reg. B, Gunsina. Chrammum.

8.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 7

Elle avait construit elle-même cette basilique, dans laquelle fut ensevelie aussi la bienheureuse Geneviève.

II. Le roi Clotaire avait ordonné par un édit que toutes les églises de son royaume payassent au fisc le tiers de leurs revenus: tous les évéques, quoiqueà regret, y avaient cousenti et avaient souscrit l'ordonnance; mais le bien- heureux Injuriosus la rejeta en homme de coeur, et dé- daigua de souscrire, en disant : « Si tu veux prendre «ce qui est à Dieu, le.Seigneur t'enlévera bientôt ton « royaume; car c'est une iniquité de ravir le denier des « pauvres pour en remplir tes greniers, tandis que tes « greniers devraient les nourrir. » Et, irrité contre le roi, ise retira sams lui dire adieu. Le roi ému, craignant d'ailleurs la puissance du bienheureux Martin, envoya aprés l'évéque avec des présens; lui demanda pardon, condamna son. projet , et le pria.de supplier en sa faveur la puissance du bienheureux Martin (1).

III. Le roi Clotaire eut sept fils de différentes femmes : ainsi d'Ingonde, il eut-Gonthaire, Childéric , Charibert , Gontran, Sigebert, et une fille nommée Chlotsinde ; d'Arégonde , sœur d'Ingonde, Chilpéric ; de Chunsàne , Chramne. Or, disons pour quel motif il épousa la sœur de sa femme. Il avait déjà pour épouse Ingonde, et l'aimait uniquement , lorsqu'elle lui fit cette demande : « Mon « seigneur a fait de sa servante ce qu'il a voulu; il m'a « reçue dans son lit : maintenant pour mettre le comble «à ses faveurs, que mon seigneur roi daigne écouter

(1) Voyez Éclairciss. et observ. ( Notes.)

8 HISTORIA FRANCORUM ,, LIB. IV.

ut uxoris suce sororem acciperet, dicamus. Cum jam Ingundem in conjugio accepisset, et eam unico amore diligeret, suggestionem ab ea accepit, dicente : « Fecit « dominus meus de ancilla (1) sua quod libuit, et suo « me strato (2) adscivit : nunc ad complendam merce- « dem, quid famula tua suggerat, audiat dominus meus « rex. Precor ut sorori mese, serve vestre, utilem « atque habentem (5) virum ordinare dignemini, unde « non humilier, sed potius exaltata servire fidelius « possim. » Quod ille audiens, cum esset. nimium luxuriosus, in amorem Aregundis incenditur (4), et ad villam in qua ipsa residebat dirigit, eamque sibi in matrimonio sociavit. Qua accepta, ad Ingundem re- diens, ait : « Tractavi mercedem illam implere, quam « me tua dulcedo expetiit. Et requirens virum divi- « tem atque sapientem, quem tue sorori deberem « adjungere , nihil melius quam meipsum inveni. Ita- « que noveris, quia eam conjugem accepi , quod tibi « displicere non credo. ».At illa : « Quod bonum, « inquit, videtur in oculis domini mei faciat : tantum « ancillatua cum gratia regis vivat. » Guntharius vero, Chramnus atque Childericus vivente patre mortui sunt. Exitum vero Chramni in posterum scribemus (5). Alboinus (6) quoque rex Langobardorum Chlotsin-

(1) [In cod. Clun. deest de ancilla sua.]

(2) Corb., suum stratui ad... [Clun., suo me stratui.] —* Sic et Reg. B et Cam.

(3) Id est divitem; Reg. et editi 2, habilem.

(4) * In amore Aregundis incedit; Weg. B et Corb.

(5) * Scripsimus, Cam. ; scribimus, Corb.

(6) * Co " Bell, Æ/boënus. [1ta Dub. et Clun.] * 4dibenus, Reg. B.

E

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 9 « ce que sa servante lui demande. Je vous prie de vou-: « loir bien chercher pour ma sœur, votre esclave, un « homme capable et riche, qui m'éléve au lieu de m'a- « baisser (1), et me donne les moyens de vous servir « avec plus d’attachement encore. » A ces mots, Clotaire, déjà trop enclin à la volupté, s'enflamme d'amour pour Arégonde , se rend à la campagne elle résidait , et se l'attache par le mariage. Quand elle fut à lui , il retourna prés d'Ingonde, et lui dit : « J'ai travaillé à te procurer « cette supréme faveur que m'a demandée ta douce per- « sonne; et en cherchant un homme riche et sage qui « méritát d’être uni à ta sœur, je n'ai trouvé rien de « mieux que moi-méme (2). Sache donc que je l'ai prise « pour épouse; je ne crois pas que cela te déplaise. » « Ce qui parait bon aux yeux de mon maître, répondit- « elle, qu'il le fasse : seulement que ta servante vive tou- « jours en grâce avec le roi! » Gonthaire, Chramne et Childéric moururent du vivant de leur père. Nous racon- terons plus tard la fin de:Chramne. Quant à Chlotsinde, la fille du roi , elle fut l'épouse d’Alboin, roi des Lombards. Injuriosus, évêque de Tours, mourut la dix-septième année de son épiscopat (3). Baudin, autrefois domesti- que (4) du roi Clotaire, lui succéda : ce fut le seizième depuis la mort de saint Martin.

(0) Ah! Seigneur, songez-vous que toute autre alliance Fera honte aux Césars , auteurs de ma naissance? ( Britannicus , act. tt, sc. 3.)

(2) .….. Je vous nommerais, madame, un autre nom, Si j'en avais quelqu'autre au-dessus de Néron. (Ibid. ) (5) En 549.

(4) Voyez Éclairciss. et óbserv. (Note à.)

10 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

dam (1) filiam regis accepit. Obiit autem Injuriosus episcopus urbis Turonice decimo et septimo episco- patus sui anno : cui (2) Baudinus, ex domestico Chlothacharii regis, successit, decimus-sextus post exitum beati Martini.

IV. Chanao quoque Britannorum comes tres fra- tres suos interfecit. Volens autem adhuc Macliavum interficere, comprehensum atque catenis oneratum in carcere retinebat. Qui per Felicem (5) Namneti- cum episcopum a morte liberatus est. Post heec juravit fratri suo , ut ei fidelis esset : sed nescio quo casu sa- cramentum inrumpere voluit : quod Chanao sentiens, iterum eum persequebatur. At ille, cum se evadere non posse videret , post alium comitem regionis illius fugit, nomine Chonomorem (4). Is cum sentiret per- secutores ejus adpropinquare, sub terra eum in lo- culo (5) abscondit, componens desuper ex more tu- mulum, parvumque ei spiraculum reservans, unde halitum resumere posset. Advenientibus autem per- secutoribus ejus dixerunt : « Ecce hic Macliavus mor- « tuus atque sepultus jacet. » Quod illi audientes, atque gaudentes , et super tumulum (6) bibentes , renuntia- verunt fratri eum mortuum esse. Quod (7) ille au-

(1) * Chlodisindam, €am.

(2) [Dub., Baudenus ex domestico Clothari... Chano quoque.] —* Baudenus, Reg. B. Post obitum, Corb. Reg. P, Cam.

(5) [Dub., Namnetiæ episc.]

(4) Regm., Clonomorem.

(5) * Loco, Reg. B.

(6) * Tumulum illum, Cam. Reg. B.

(7) " Quod, deest in Corb.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 11

IV. Vers ce temps, Chanaon, comte des Bretons , tua trois de ses fréres. Voulant tuer encore Macliau, il le fit saisir, charger de chaines, et garder dans une prison. Celui-ci fut délivré de la mort par l'entremise de Félix, évéque de Nantes. Ensuite il jura à son frére de lui être fidèle; mais je ne sais à quelle occasion, il voulut rompre ses engagemens. Chanaon s’en douta, et le per- sécuta de nouveau, Macliau voyant qu'il ne pouvait échap- per, s’enfuit chez un autre comte de ce pays, nommé Chonomor. Ce dernier, pressentant l'approche des persécu- teurs, le cacha sous terre dans un caveau, et, par-dessus, éleva un tombeau comme pour un mort, en y ménageant un petit soupirail par le captif püt respirer. Les enne- mis arrivent ; on leur dit : « Tenez, Macliau est mort; « c'est ici qu'il est enterré. » A cette nouvelle, ceux-ci se livrérent à la joie, burent sur le tombeau méme , et an- noncérent à son frére qu'il était mort. Alors Chanaon s'empara de tout son royaume. (Il faut savoir que les Bretons ont toujours été sous la dépendance des Francs depuis la mort de Clovis; et ils sont appelés comtes et non rois) (1). Cependant Macliau, se relevant de dessous terre , se retira dans la ville de Vannes, il fut ton- suré et ordonné évêque. Après la mort de Chanaon, il apostasia, et ayant laissé croître ses cheveux, il reprit

(1) Voyez Eclairciss. et observ. (Note c.)

12 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV. | diens, regnum ejus integrum accepit : nam semper Britanni (1: sub Francorum potestate post obitum regis Chlodovechi fuerunt, et comites, non reges appellati sunt. Macliavus autem de sub terra consur- gens, Veneticam urbem expetiit, ibique tonsura- tus (2), et episcopus ordinatus est. Mortuo autem Chanaone (3), hic apostatavit, et demissis capillis , uxorem quam post clericatum reliquerat, cum regno fratris (4) simul accepit : sed ab episcopis excommu- nicatus est : cui qualis fuerit interitus, sequenter scribemus (5). Obiit autem Baudinus episcopus anno sexto episcopatus sui : in cujus locum (6) Guntharius abbas subrogatur, decimus-septimus post transitum sancti Martini.

V. Denique (7) cum beatus Quintianus, sicut supra diximus , ab hoc mundo migrasset , sanctus Gallus in ejus cathedram , rege opitulante, substitutus est. Hu- jus tempore cum lues illa , quam inguinariam vocant, per diversas regiones desæviret, et maxime tunc Are- latensem provinciam depopularetur, sanctus Gallus non tantum pro se, quantum pro populo suo, trepidus erat. Cumque diu noctuque Dominum deprecaretur , ut vivens plebem suam vastari non cerneret, per vi-

(1) * Brittani , Corb. Reg. Z.

(2) * Tonsorat... Corb. Reg. B.

(3) Chonooné, Corb.

(4) [Clun., fratris sui accepit.]

(5) * Scribimus, Corb. Reg. B.

(6) * Loco, Corb. Reg. B.

(7) Deest hoc caput in codicibus Vatic., Corb., Bellov., Colb. ct Reg. [deest etiam in Dub. sicut et duo sequentia.] * Et in Reg. 8 et Cam. S. Galli vita habetur inter Vitas Patrum, cap. 6.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 13

son épouse, qu'il avait abandonnée en entrant dans la cléricature , et avec elle le royaume de son frére. Mais il fut excommunié par les évéques; et nous dirons plus tard quelle fut sa mort (1). L'évéque Baudin mourut dans la sixième année de son épiscopat (2). A sa place fut substitué l'abbé Gonthaire, le dix-septiéme depuis la mort de saint Martin.

. V. Lorsque le bienheureux Quintien eut quitté ce monde, comme nous l'avons dit plus haut (3). Saint Gall (4), avec l'appui du roi, lui succéda dans sa chaire épiscopale. De son temps, la maladie nommée ingui- naire sévit dans diverses contrées, et dépeupla surtout la province d'Arles. Saint Gall tremblait moins pour lui que pour son peuple, et, jour et nuit, demandait avec instance au Seigneur de ne pas voir, lui vivant, son trou- peau ravagé. Une nuit, il eut une vision : Un ange du Seigneur, dont les cheveux et les vétemens étaient aussi blancs que la neige, lui apparut et lui dit : « Tu fais «bien, ó évêque, de: supplier ainsi le Seigneur pour ton « peuple! Ta priére a été entendue : ton peuple ct toi ,

(1) Liv. v, chap. 16.

(2) En 552.

(5) Liv. i, chap. 2, 12.

(4) C'était l'oncle paternel de notre historien,

14 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

sum noctis apparuit ei angelus Domini, qui tam cæ- sariem quam vestem. in similitudine nivis candidam efferebat. Et ait ad eum : « Bene enim facis, ó sacer- « dos, quod sic Dominum pro populo tuo supplicas : « exaudita est enim oratio tua; et ecce eris cum « populo tuo ab hac infirmitate liberatus, nullusque « te vivente in regione ista ab hac strage deperiet. « Nunc autem ne timeas : post octo vero annos time. » Unde manifestum fuit, transactis his annis, eum à seculo discessurum. Expergefactus autem , et. Deo gratias pro hac consolatione agens, quod eum per coelestem nuntium confortare dignatus est, Roga- tiones illas instituit, ut media Quadragesima psal- lendo, ad basilicam beati Juliani martyris itinere pe- destri venirent. Sunt autem in hoc itinere quasi stadia trecenta sexaginta. Tunc etiam in subita contempla- tione parietes vel domorum vel ecclesiarum signari videbantur. Unde a rusticis hec scriptio Thau voca- batur. Cum autem regiones alias, ut diximus , lues illa consumeret, ad civitatem Arvernam, sancti Galli intercedente oratione, non adtigit. Unde ego (1) non parvam censeo gratiam, qui hoc meruit, ut pastor positus oves suas devorari, defendente Domino, non videret. Cum autem ab hoc mundo migrasset, et ablutus in ecclesiam deportatus fuisset, Cato presbyter continuo a clericis de episcopatu laudes accepit; et omnem rem ecclesiæ, tamquam si jam esset episco- pus, in suam redegit potestatem : ordinatores removet, ministros respuit, cuncta per se ordinat.

(1) Sic Regm. cum Bad.; ceteri, unde hec non.

HISTOIRE DES FRANGS, LIV. IV. 15 a vous serez exempts de cette maladie; personne ici, de « ton vivant, ne périra par la peste. Pour le moment, ne « crains rien ; mais dans huit ans tu as tout à craindre. » Ce qui annoncait clairement qu'aprés ce nombre d'années il sortirait de ce monde. Gall, réveillé, rendit gráces à Dieu de ce qu'il avait daigné le consoler et le fortifier par son messager céleste; et il institua de nouvelles rogations : au milieu du caréme , on devait se rendre à pied, en chan- tant, à la basilique de Saint-Julien martyr (1); or le chemin à parcourir est de 360 stades. On vit aussi , à cette époque, paraître tout à coup des signes sur les murs des maisons et des églises. Ces caractéres étaient appelés thau(2) par les habitans des campagnes. Ainsi cette peste, qui dévastait les autres pays, grâce aux prières et à l'in- tercession de saint Gall, n'atteignit pas la ville de Cler- mont (3). Ce n'est pas, selon moi, une légère grâce pour ce pasteur de n'avoir pas vu ses brebis dévorées ; mais le Seigneur les défendait.

Lorsqu'aprés sa mort on l'eut lavé (4) et transporté dans l’église, le prêtre Caton fut tout de suite salué évêque par le clergé; et, comme s'il fût déjà en possession , il s'empara de tous les biens de l'église; éloigna les admi- nistrateurs, renvoya les officiers (5), et régla tout par lui-méme.

(1) A Brioude, environ 12 lieues de Clermont, sud.

(2) Thau ou tau, ancien mot gaulois pour désigner une croix, s'il faut en croire Ducange (Gloss., au mot T'au). C'est le nom grec du T, qui est lui-méme la représentation d'une croix.

(5) Voyez Éclairciss. et observ. (Note d.)

(4) Usage de ce temps. Voyez liv. t, ch. 5, et liv. iv, ch. 57 et 45.

(5) Ministri episcoporum , c'étaient les archiprétres et les archidia- cres. (Ducange, Gloss.)

16 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

VI. Episcopi (1) tamen qui advenerant ad sanctum Gallum sepeliendum , postquam eum sepelierant , dixerunt Catoni presbytero : « Videmus quia te ele- « git pars maxima populorum : veni, consenti nobis, « et benedicentes consecremus te ad episcopatum. « Rex vero parvulus est, et si qua tibi adscribitur « culpa, nos suscipientes te sub defensione nostra , « cum proceribus et primis regni Theodobaldi regis « agemus, ne tibi ulla excitetur injuria; nos quoque «in tantum fideliter crede, ut spondeamus pro te « omnia, etiam si damni aliquid supervenerit, . de « nostris propriis facultatibus id reddituros. » At ille cothurno vane conflatus gloriæ , ait : « Nostis enim « fama currente , me ab initio ætatis meæ semper re- « ligiose vixisse, vacasse jejuniis , eleemosynis delecta- « tum fuisse, continuatas sæpius exercuisse vigilias , « psallentio vero jugi crebra perstitisse statione noc- « turna. Nec me Dominus Deus meus patitur hac or- « dinatione privari, cui tantum famulatum exhibui. « Nam et ipsos clericatus gradus canonica sum semper « institutione sortitus. Lector decem. annis fui, in « subdiaconatus officio quinque annis ministravi , « diaconatui vero quindecim annis mancipatus fui, « presbyterii autem jam honore viginti annis potior. « Quid enim mihi nunc restat , nisi ut episcopatum , « quem fidelis servitus promeretur, accipiam? Vos « igitur revertimini ad civitates vestras, et si quid « utilitati vestrae competit , exercete : nam ego cano- « nice adsumturus sum hunc honorem. » Hac au-

(1) Deest hoc cap. in Vatic., Bel., Corb., Colb. et Reg. —* Et in Reg. Z et Cam.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 17 VI. Les évêques qüi étaient venus pour ensevelir saint Gall, ce devoir rempli, dirent au prétre Caton : « Nous « voyons que la plus grande partie du peuple t'a choisi : « viens, fais cause commune avec nous, et nous te béni- « rons , nous te sacrerons évêque. Le roi est un enfant ; « si on t'en impute la faute , nous te prendrons sous notre « protection, ét nous traiterons avec les grands et les « premiers du royaume de Théodebald, afin qu'il ne te «soit fait aucun tort. Nous-rnémes , crois-en nos pro- « messes, nous fious engageons, si tu éprouvais quelque « dommage, à t'indemniser de nos propres biens.» Mais lui, enflé par la fumée d'une vaine gloire, répondit : « Vous « l'avez appris par la renommée : depuis mon jeune áge «jai toujours vécu saintement : je me suis livré aux « jeünes; j'ai trouvé mon plaisir dans l'aumóne; je me « suis souvent exercé à de longues veilles ; j'ai passé sou- « vent des nuits entières à chanter les cantiques de l'Église; «aussi le Seigneur men Dieu ne permet pas que je sois «privé de cet honneur, áprés avoir tant fait pour son « service. J'ai obtenu les degrés de la cléricature par les « lois canoniques : j'ai été dix ans lecteur; cinq ans j'ai « rempli les fonctions de sous-diacre ; quinze ans j'ai. « été attaché aux devoirs du diaconat; depuis vingt ans « je possède la dignité de la prétrise. Que me reste-t-il, « sinon de recevoir l'épiscopat que mérite la fidélité de « mes services? Retournez donc dans vos cités, et faites « ce que vous croirez utile à vos intéréts; car pour moi « je veux que mon élection soit réguliére (1).» A ces mots les évéques se retirérent en maudissant sa vanité.

(1): Ou canonique, c'est-à-dire approuvée par le roi. Voyez le chap. suivant, .

M. 2

18 HISTORIA FRANCORUM , LIB. IV.

dientes episcopi, et in eum vanam gloriam exse- crantes , discesserunt.

. VII. Igitur (1) cum consensu clericorum ad episco- patum electus, cum adhuc non ordinatus cunctis ipse praeesset, Cautino archidiacono diversas minas in- tendere coepit , dicens : « Ego te removebo , ego te « humiliabo, ego tibi multas neces impendi præci- « piam. » Cui ille : « Gratiam, inquit , tuam, domine « piissime, habere desidero; quam si mereor, unum « tbi beneficium præstabo. Sine ullo enim labore « tuo, et absque ullo dolo , ego ad regem pergam , « et episcopatum tibi obtinebo, nihil petens, nisiut « promerear gratiam tüam. » At ille suspicans eum sibi velle inludere, hac valde despexit. Hic vero cum se cerneret humiliari, atque calumniae subjici, lan- guore simulato, et per noctem civitatem egrediens , Theodobaldum regem petiit, adnuntians transitum sancti Galli. Quod ille audiens , vel qui cum eo erant,

convocatis sacerdotibus apud Mettensem civitatem ,,

Cautinus archidiaconus episcopus ordinatur. Cum au- tem venissent nuntii Catonis presbyteri, hic jam episcopus erat. Tunc ex jussu regis traditis ei clericis, et omnibus qua hi de rebus ecclesie exhibuerant , ordinatisque qui cum eo pergere deberent episcopis, ét camerariis, Árvernos eum direxerunt. Qui a cle- ricis et civibus libenter exceptus , episcopus Arvernis est datus, Grandes postea inter ipsum et Catonem presbyterum inimicitiæ orte sunt : quia nullus un- quam potuit flectere Catonem , ut episcopo suo sub-

(1) Et hoc caput deest in mss. supradictis.

4

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 19

VE. Ayant donc été élu évéque, du consentement des clercs, et se mettant à la tête des affaires avant d'avoir été reconnu (1), il fit plusieurs menaces à l'archidiacre Cautin : « Je te suspendrai de tes fonctions, je t'humi- « lierai, je te ferai souffrir mille morts, » « Trés pieux «seigneur, lui répondit Cautin, je désire tes bonnes « grâces; si je les obtiens, je te rendrai service ; sans «qu'il t'en coûte aucune peine, sans fraude de ma part, «j'irai trouver le roi, et j'en obtiendrái la confirmation « de ton épiscopat. Je ne veux d'autre récompense que tes « bonnes grâces. » Caton pensant qu'il voulait le tromper, méprisa ces paroles. Mais celui-ci se voyant abaissé, ca- lomnié, feignit une maladie, et sortant la nuit de la ville, se rendit auprès du roi Théodebald, à qui il annonça la mort de saint Gall. A cette nouvelle, le roi ou plutôt ceux qui l'entouraient, convoquèrent une assemblée de prélats à Metz; et l'archidiacre Cautin fut ordonné évéque : quand arrivèrent les messagérs du prêtre Caton, la nomination était faite. Alors, par ordre du roi, on livra à Cautin les cleres qui avaient apporté le message, et tout ce qu'ils avaient apporté des biens de l'église. On lui adjoignit des chambriers (2) et des évêques pour l'accompagner, et on l'euvoya à Clermont. Accueilli favorablement par le clergé et le peuple, il fut donc établi leur évéque. Ensuite de grandes inimitiés s'élevérent entre lui et le prêtre Caton;

(1) Voyez Kolairciss. et observ. (Note e.) sur l'élection des évéques.

(2) Ou cameriers, dénomination encore en usage à la cour de Ronie. Ces chambriers que le roi donne au nouvel évéque pour l'accompagner dans son diocése, sémblent étre des officiers attachés à sa personne pour le service de l’intérieur, des hommes sur qui il püt compter en venant prendre possession d'un épiscopat qu'un autre lui disputait. Ducange l'explique par cubicularius; Biguon, également. Voyez la note de Ruimart , liv.'v1, chap. 45. i

20 HISTORIA FRANCORUM, LIP. IV.

ditus esset. Nam et divisio clericorum facta ‘est, et alii Cautino episcopo erant subditi, alii Catoni pres- bytero : quod eis fuit maximum detrimentum: Cau- tinus autem episcopus videns eum nulla ratione posse flecti, ut sibi esset subditus, tam ei quam amicis ejus, vel quicumque ei consentiebant , omnes res ecclesiæ abstulit, reliquitque eos inanes ac vacuos. Quicum- que tamen ex. ipsis ad eum convertebantur, iterum

quod perdiderant , recipiebant.

VIII. Regnante vero Agilane apud Hispaniam, cum populum gravissimo dominationis suze jugo adtereret, exercitus imperatoris Hispanias est ingressus, et ci- vitates aliquas pervasit. Interfecto autem Agilane, Athanagildus (1) regnum accepit. Qui multa bella contra ipsum exercitum postea egit, et eos plerum- que devicit; civitatesque, quas male pervaserant, ex parte auferens de potestate eorum.

IV. Theodobaldus vero cum jam adultus esset, Vul- detradam (2) duxit uxorem. Hunc Theodobaldum fe- runt mali fuisse ingenii, ita ut iratus cuidam , quera suspectum de rebus suis habebat, fabulam fingeret , dicens : « Serpens ampullam vino plenam reperit ; « per hujus enim.(3) os ingressus, quod intus habe-

(1) Regm. [et Clun.] cum Bad., Athanagel, dur, mendose. [ Cod. Dub., regnum ejus accepit.] " Sic et Corb.

(2) Sic Bec. et Reg. ; alii W'aldetrudam, aut Vuldotradam. * Valde- thradam, Corb. ; Faltetradam, Bell; Vuldedradam, Reg. B.— Hzc fuit Wachonis Langobardórum regis altera filia, Wisegardis Theode- berti uxoris soror, de quibus Paulus, lib. 1, cap. 21.

(3) * Ruin. et Bouq. habebant, per cujus os ; at nobis favent Corb., Bell., Colb., Reg. 4; Cam. : in Reg. 8 hec videntur fuisse, sed erasa.

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HISTOIRE DES FRANS LIV. IV. 91 et personne ne put obtenir de ce dernier de se soumettre à son évéque. Il s’opéra méme une division entre les clercs, dont les uns se soumettaient à l'évéque Cautin, les autres au prétre Caton; ce qui leur causa un grand préjudice. L'évéque Cautin voyant qu'il n'y avait aucun moyen de l'amener à la soumission, lui retira les biens ecclésiasti- ques, tant à lui qu'à ses amis et à ses partisans, et les laissa entièrement dépouillés : mais ceux qui revenaient à lui recouvraient ce qu'ils avaient perdu.

VIIL Sous le règne d'Agila, en Espagne, comme ce prince écrasait le peuple du poids de sa domination, une armée de. l'empereur entra dans ee pays (1) et s'empara de quelques villes. Puis Agila ayant été tué (2), Athana- gilde fut maitre du royaume : mais il eut lui-même à soutenir plusieurs guerres contre cette armée romaine, la , Vainquit souvent, et lui enleva en partie les villes dont :\ elle s'était emparée par surprise.

: . IX. Théodebald devenu adulte, épousa Vultrade. On J dit que ce Théodebald était un esprit méchant; et un jour, irrité contre ‘un personnage qu'il soupconnait de s'étre enrichi à ses dépens, il imagina cette fable : «Un «serpent, lui dit-il, ayant trouvé une bouteille pleine « de vin, se glissa par l'ouverture et but avidement tout « ce qu'elle contenait. Gonflé par tant de vin, il ne pou- « vait plus sortir par il était entré. Le propriétaire du « vin étant survenu, et voyant l'animal se consumer en « vains efforts, lui dit : Rejette d'abord ce que tu as "ER QAI XI GUT UU TUER

(1) Voyez Éclairciss.; et observ. ( Nóte f. )

(2) En 554.

22 HISTORIA ÉRANCORUM, LIB. rv.

« batur avidus hausit : a quo inflatus vino, exire per « aditum quo ingressus fuerat , non valebat. Veniens « vero vini dominus, cum ille exire niteretur, nec « posset , ait ad serpentem : Eyome prius quod inglu- « tisti, et tunc poteris abscedere liber. » Qua fabula magnum ei timorem atque odium præparavit. Sub eo enim et Buccellinus (1), cum totam Italiam in Fran- corüm regnum redegisset , à Narsete interfectus est : Italia ad partem imperatoris capta; nec fuit qui eam ultra reciperet. Sub hujus (2) tempore uvas in arbore quam sambucum (5) vocamus , absque vitis conjunc- tione natas vidimus : et flores ipsarum arborum , quee nigra, ut nostis, grana proferre solitae sunt, race- morum grana dederunt. Tunc et in (4) circulum lune (5) quinta stella ex adverso veniens introisse visa est. Credo hec signa mortem ipsius regis adnuntiasse. Ipse vero valde infirmatus , a cinctura deorsum se ju- dicare non poterat (6). Qui paullatim decidens (7), septimo régnt sui anno mortuus est, regnumque ejus

(1) * Buccelenus, Corb., Cam. Narsite, Corb., Reg. JJ.

(2) * Sub eo t., Reg. B.

($) Sanucum, Corb. ; Mor. s., saucum. [Ita Dub. et Clun.] * Quæ nostis ut nigr. gr., Corb.

(4) * Et, deest in Corb. et Cam. ; in, deest in Reg. B.

(5) * Quidam mss. dant : lunæ quinta stella; [ita Clun.] alii, stellam. Quinta stella, Corb., Colb., Reg. 4; Reg. PD, Bell., ubi recentiori manu a, in æ mutatum est. Ruin. et D. Bouq., ste//a quinta.

(6) * Ruin., D. Bouq. et editi, se volutare. Cod, Regm., diu non poterat stare. At codd. Corb., Bec., Colb., Reg. 4; Dub., Clun., Reg. B et Cam., habent se judicare; quod, licet barbarum , vocabu- lum recipere in textum non dubitavimus. Bell., se judecare, at e trans- versa linea signatum est ut mendosum. Forte hoc verbum valet per- inde ac, sui esse compos, vel quidpiam simile.

(7) * Decedens, Reg. B ; incedens , Corb.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 23 « avalé, et alors tu pourras sortir librement (1). » Cette fable inspira à cet homme une grande crainte, et en méme temps une grande haine pour le roi. Sous son régne, Bucelin (2), aprés avoir soumis toute l'Italie à la domi- nation des Francs, fut tué par Narsés : l'Italie retourna à l'empereur, et personne depuis ne la recouvra (3). De $0n temps nous vîmes croître des raisins sur l'arbre appelé sureau , sans qu'aucune vigne y fût jointe; et les fleurs de cet arbre , qui produisent ordinairement, comme vous savez, des graines noires, se changérent en grappes. Alors aussi, une étoile venant à l'opposite de la lune, parut-entrer dans son:disque (4). Ces signes, je pense, annoncérent la mort du roi. En effet, il tomba griève- ment malade, au point que de la ceinture aux pieds il ne pouvait faire le moindre mouvement; et, s’affaiblissant peu à peu, il mourut la.septiéme année de son régrie (5).

(1) Voyez le méme sujet, Horat., epist. 1, 7, vers. 29, et La Fontaine, liv. ut, 17. . '

(2) En 554, selon Valois. Voyez liv. ur, chap. 52. Sur l'expédition de Bucelin et de Leutharis, voyez surtout Agathias.

(3) L'auteur veut dire probablement ,' personne ne la recouvra pour le compte des Francs : car on sait que peu d'années après, elle fut enlevée presque entièrement aux empereurs par les Lombards. 1l parait, quoi qu'en dise ici Grégoire, qu'une partie de l'Italie resta, quelque temps du moins, à nos rois, voyez liv. 1x, chap. 20, et liv. x, chap. 3.

(4) Le texte dit : la cinquième étoile, ce qui ne parait former aucun sens, à moins qu'on ne l'entende de la cinquième planète. C'est Mars en suivant cet ordre : la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Ju- piter, Saturne. Circulus ne peut signifier ici que le-disque; qu'y aurait-il eu d'étonnant de voir une étoile dans la vaste orbite de la lune? Si l'on admet /unc quinte : ce séra le croissant de la lune, au cinquiéme jour.

(5) En 555, si l'on met la mort de Théodebert, en 548, d'après la Chron. de Marius. (D. Bouq., liv. 11, chap. 16.)

94 HISTORIA FRANCORUM, LIB. 1V. * Chlothacharius rex accepit, copulans Vuldetradam (1) uxorem ejus strato suo. Sed increpitus a sacerdotibus, reliquit eam, dans ei Garivaldum ducem, dirigens-« que (2) Arvernis Chramnum filium suum.

X. Eo (5) anno rebellantibus Saxonibus, Chlotha- charius rex, commoto contra eos exercitu, maximam eorum partem delevit, pervagans. totam Thoringiam ac devastans, pro eo quod Saxonibus solatium præ- ' buissent (4).

XI. Decedente (5) vero ,apud urbem Turonicam Gunthario episcopo, per emissionem, ut ferunt, Cautini episcopi, Cato presbyter ad. gubernandam Turonice urbis ecclesiam petebatur. Unde factum est, ut conjuncti clerici, cum Leubaste martyrario (6) et abbate, cum magno apparátu Arvernum propera- rent. Cumque Catoni regis voluntatem patefecissent, suspendit eos a responso paucis diebus. Hi vero re- gredi cüpientes, dicunt : « Pande nobis voluntatem « tuam , ut sciamus quid debeamus sequi : alioquin revertimur ad propria. Non enim nostra te volun-

(1) [Clun., Zuldetradam stratui suo.] —" Stratui, Corb., Reg.B, Cam. :

(2) Regm., dirigens Arvernis ad filium. suum Chramnum. —* Ar- vernum, Corb., Reg. B: |

(5) Hoc caput deest in Reg. et Colb. * Et in Reg. B.

(4) Aliquot, suppetias præstüissent. [ Dub., solatium præbuisset.] *Sic et Cam. Nonnulli pro totam Thoringiam, habent, T'ornacum, T'horingiam. | Ita Clun.]

(5) Hoc caput non habent Corb. et Bell. [Non habet etiam Dub.] * Nec Cam. Vero deest in Reg. 2.

(6) * Martyr. et abb., desunt in Reg. B.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 25 Clotaire recueillit son royaume, et admit dans son lit Vultrade son épouse : mais blámé par les évêques, il la quitta, et lui donna en mariage le duc Garivald (1): puis il envoya son fils Chramne en Auvergne:

X. Cette année, les Saxons s'étant révoltés (2), le roi Glotairc leva une armée, marcha contre eux, détruisit la plus grande partie de leurs forces, et parcourant la Thuringe; la dévasta tout entière, puer qu'elle avait fourni des secours aux Saxons.

XI. L'évéque de Tours , Gonthaire, étant mort, des émissaires de l'évéque Cautin, dit-on, firent demander le prétre Caton pour le gouvernement de cette église : de sorte que le clergé, joint à Leubaste, martyraire(3) et abbé, se rendirent en grand appareil à la ville de Cler- mont ; et quand ils eurent exposé à Caton la volonté du roi, celui-ci les tint en suspens quelques jours sans leur donner de réponse : mais comme ils désiraient s'en re- tourner, ils lui disent : « Fais-nous connaitre ta volonté « pour que nous sachions à quoi nous en tenir; autrement «nous retournons chez nous, car ce n'est pas par un « effet de notre volonté que nous sommes venus te cher- « cher; c'est d'aprés un ordre du roi.» Mais Caton , tou- jours amoureux d'une vaine gloire, réunit une foule de pauvres à qui il donna le mot pour s'écrier : « Pourquoi

(1) C'était Garibald ou Garipald, duc de Bavière. (Paul diacre, liv. 1, chap. 217; liv. m, chap. 29. D. Bouq., liv. ", p. 654. 656.)

(2) Voyez Éclairciss. et observ. (Note g.) (3) Le martyraire était chargé de veiller sur les reliques des martyrs, et peut-être à l'entretien des pauvres de l’église. (Ruinart.)

96 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

« tate expetivimus , sed regis preeceptione. » At ille, ut erat vanæ glorie cupidus, adunata pauperum ca- terva , clamorem dari precepit his. verbis : « Cur nos « deseris, bone pater, filios, quos nunc usque edu- « casti? Quis nos cibo potuque reficiet, si tu abieris? « Rogamus ne nos relinquas, quos alere consuesti, » Tunc ille conversus ad clerum C 1) Turonicum, ait: « Videtis nunc, fratres cavissimi, qualiter heec mul- « titudo pauperum me diligit : non possum eos relin- « quere et ire vobiscum. » Istud hi responsum acci- pientes , regressi sunt Turonis. Cato autem amicitias cum. Chramno nexuerat, promissionem ab eo .acci- piens, ut si contigerit (2) in articulo temporis illius regem mori Chlothacharium, statim ejecto Cautino ab episcopatu, iste præponeretur ecclesie. Sed qui cathedram beati Martini contemtui habuit , quam vo- luit non accepit : impletumque ést in eo quod David cecinit, dicens : JVoluit benedictionem , et prolon- gabitur ab eo.. Erat enim vanitatis cothurno elatus, nullum sibi.putans in sanctitate haberi præstantio- rem. Nam quadam vice conducta pecunia mulierem clamare fecit:in ecclesia, quasi per energiam, et.se sanctum magnum, Deoque carum confiteri , Cautinum autem episcopum omnibus sceleribus criminosum, in-

dignumque qui sacerdotium debuisset adipisci.

XII. Denique (5) Cautinus, adsumto episcopatu, ta- lem se reddidit, ut ab omnibus exsecraretur, vino

(1) * Clericum, Reg. B.

(2) * Contingeret, Reg. B.

(5) Hoc caput deest in Vatic., Corb., Bell., Reg. et Colb. (Deest etiam in Dub.] —* Et in Reg. B et Cam. :

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 27 « nous abandonner, bon père, nous tes enfans que tu as « élevés jusqu'à ce jour? qui nous donnera désormais à €boire et à manger, si tu t'en vas? Nous t'en prions, ne « quitte pas ceux que tu as nourris constamment. » Alors se tournant vers le clergé. de Tours, « Vous voyez, leur « dit-il, trés chers fréres, combien me chérit cette multi- «füde de pauvres; je ne puis les abandonner, ni partit «avec vous. » Ceux-ci ayant reçu cette réponse, retour- nèrent à Tours: Or Caton avait contracté des liaisons avec Chramne , et en avait reçu la promesse que si le roi Clotaire venait à mourir, Cautin serait dégradé, et lui- méme mis.à la téte de cette église. Mais celui qui dédaigna la chaire de saint Martin n'obtint pas celle qu’il désirait : et en cela fut accomplie la prophétie de David, lorsqu'il dit: // a pas voulu: la bénédiction, et elle s’éloignera de lui (1). En effet, cet homme portait la vanité jusqu'à l'arrogance, et ne pensait pas que personne le surpassát en réputation de sainteté. Un jour il paya une femme pour erier dans l'église,.comme si elle était inspirée, qu'elle: le reconnaissait pour un grand saint, pour un homme chéri de Dieu, tandis que.Cautin était souillé de tous les crimes, et indigne de l'épiscopat qu'il avait obtenu.

XII. Cependant Cautin, devenu évêque, se conduisit de manière à mériter l'exécration générale. Il s'adonnait au vin outre mesure; et souvent il se plongeait tellement dans la boisson, que quatre hommes avaient peine à l'em-

(1) Psaume 108, vers, 18.

28 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

ultra modum: deditus. Nam plerumque in tantum in- fundebatur potu, ut de convivio vix a quatuor por- taretur. Unde factum est, ut epilepticus' fieret. in sequenti : quod sepius populis manifestatum :fuit. Erat enim et avaritiæ in tantum incumbens, ut cujus- cumque possessionis fines ejus termino adhæsissent, in- teritum sibi putaret, si ab eisdem aliquid non minuisset : et a majoribus quidem cum rixa et scandalo auferebat, a minoribus autem violenter diripiebat. Quibus et a quibus, ut Sollius (1) noster ait, nec dabat pretia contemnens, nec accipiebat instrumenta desperans. Erat enim tunc temporis Anastasius presbyter, ingenuus genere, qui per chartas gloriose me- morie Chrotechildis regine proprietatem aliquam possidebat : quem plerumque conventum episcopus rogabat humiliter ac suppliciter , ut ei chartas supra- dictæ reginæ daret, sibique possessionem hanc sub- deret : sed ille cum voluntatem sacerdotis sui implere differret, eumque episcopus. nunc blanditiis provo- caret, nunc minis terreret ; ad ultimum invitum urbi exhiberi precepit, ibique impudenter teneri : et, nisi instrumenta daret , injuriis adfici , et fame necari jussit. Sed ille virili repugnans spiritu, numquam præ- buit instrumenta , dicens , satius sibi esse ad tempus inedia tabescere , quam sobolem in posterum miseram derelinqui. Tunc ex jussu episcopi traditur custodi- bus, ut nisi has chartulas proderet, fame necaretur. Erat enim ad basilicam sancti Cassii (2) martyris crypta

(1) Bad., Solinus; sed nostra leciio melior. Hic quippe Apollinaris Sidonius designatur, qui et dicebatur Caius Sollius. (2) De Cassio, vide supra, lib. 1, cap. 31.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 29 porter de table; en sorte qu'il devint par la suite épilep- tique; et plusieurs fois le peuple fut témoin de ses accès. Il était en outre excessivement livré à l'avarice ; et quelle que füt la terre dont les limites touchaient à la sienne, il se croyait mort s'il ne s'en appropriait quelque partie; l'enlevant aux plus forts avec des procès et des querelles, l'arrachant aux plus faibles par la violence. Et, comme le dit notre compatriote Sidoine Apollinaire, par mépris, il ne payait pas, et se open in il n'obtenait pas les MG )

En effet, il existait alors un prétre nommé Anastase , d'origine libre, qui, par une charte de.la reine Clotilde, d'heureuse mémoire , possédait une propriété. Plusieurs fois l’évêque était venu le trouver, le priant et le suppliant de lui remettre.les chartes de la reine, et de lui abandonner sa propriété; mais comme le prêtre différait d'acquiescer au désir de son évêque, celui-ci, après avoir essayé tantôt de le séduire par des caresses, tantót de l'effrayer par des menaces, lui ordonna de se présenter, malgré lui, à la ville, et l'y fit retenir. contre toute pudeur, avec ordre, s'il ne livrait ses titres, de l'accabler de mauvais traitemens, et de le faire mourir de faim. Mais Anastase résista-coüra- geusement et refusa toujours les titres, disant qu'il valait mieux pour lui d'étre consumé par la faim, dans le temps présent, que de laisser ses enfans (2) malheureux pour toujours. Alors, par l'ordre de l'évéque, il est remis à des gardiens, et condamné, s'il ne remet ses chartes, à mourir

(1) Voyez Éclairciss. et óbserv. ( Note h.) ' (2) On sait qu'alors beaucoup d'hommes mariés entraient dans le saint ministère: On voit par ce passage qu'il leur était: permis de

30 HISTORIA FRANCORUM, LIB. 1V.

antiquissima abditissimaque , ubi erat sepulcrum ma- gnum ex marmore Pario, in quo grandævi cujusdam hominis corpus positum videbatur. In hoc sepulcro super sepultum vivens presbyter sepelitur, operitur- que lapide, quo prius sarcophagum fuit obtectum , datis ante ostium custodibus.. Sed custodes fidi quod lapide premeretur, cum esset hyems, accenso igne, vino sopiti calido obdormiunt. At presbyter, tam- quam novus Jonas , velut de ventre inferi, ita de con- clusione tumuli Domini misericordiam flagitabat; Et quia spatiosum erat, ut diximus, sarcophagum, etsi se integrum vertere non poterat, manus tamen in parte qua voluisset libere extendebat. Manabat enirn ex ossibus mortuis , ut ipse referre erat solitus, foetor letalis , qui non solum externa , verum etiam interna viscerum quatiebat. Cumque pallio aditus narium obseraret, quamdiu flatum continere poterat, nihil pessimum sentiebat : ubi autem se quasi suffocari pu- tabat, remoto paullulum ab ore pallio, non modo per os, aut per nares, verum etiam per ipsas, ut ita di- cam, aures odorem pestiferum hauriebat. Quid plura? Quando Divinitati, ut credo, condoluit , manum dexteram ad spondam sarcophagi tendit, reperitque vectem , qui decedente opertorio , inter ipsum ac la- bium sepulcri remanserat. Quem paullatim commo- vens , sensit cooperante Dei adjutorio , lapidem amo- veri. Verum ubi ita remotus fuit, ut presbyter caput foras edüceret , majorem quo totus egredereturaditum liberius patefecit. Interea operientibus nocturnis te- nebris diem , nec adhuc usquequaque diffusis , aliud cryptæ ostium petit : erat enim seris fortissimis cla- visque firmissimis obseratum : verumtamen non erat

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 31 de faim. Dans la basilique de Saint- Cassius martyr était une erypte antique et profonde; se trouvait un vaste tombeau de marbre de Paros , avait été déposé le corps d'un grand (1) personnage. Dans ce sépulcre, le prétre est enseveli vivant sur le mort; on place sur lui une pierre qui servait de couvercle au sarcophage , et on met des gardes à l'entrée du souterrain. Mais ceux-ci comptant sur la pierre qui le couvrait, allument du feu (car on était en hiver), et, assoupis par du vin chaud, s'endor- ment profondément..Le prétre, nouveau Jonas , du fond de son tombeau fermé, ainsi que des entrailles de l'en- fer (2), invoquait la miséricorde de Dieu; et comme le sarcophage était, je le répète, assez spacieux, quoiqu'il ne püt s'y retourner entièrement, cependant il pouvait étendre librement les bras dans tous les sens comme il le voulait. Des os du mort, c’est lui-même qui le racontait ensuite, s'exhalait une odeur pestilentielle, qui, non seulement frappait les sens, mais pénétrait jusqu'au fond des entrailles. Lorsqu'il cachait ses narines de son man- teau, et tant qu'il pouvait retenir sa respiration, il ne sentait rien.de trop insupportable ; mais quand, de peur d'étouffer, il écartait un peu le rhanteau de son visage, il aspirait non seulement par la bouche et par les narines , mais, si j'ose le dire, par les oreilles mêmes, cette atmosphère cadavéreuse. Que dirai-je de plus? quand Dieu, je pense, l'eut pris en pitié, le captif étendit la

songer encore aux intéréts de leur famille. Voyez encore, liv. v, chap. 35.

(1) Grandævus semble pris dans le sens de senior. Aimoin le tra- duit par cujusdam magni hominis.

(2) C'est l'expression méme de Jonas dans sa prière ; chap; 2, vers. 5.

39 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV. t ita levigatum, ut inter tabulas adspicere homo non posset. Ad hos aditus presbyter caput reclinat, ad- vertitque hominem viam prætereuntem. Hunc, licet voce tenui, vocat. Exaudit ille, nec mora, securem manu tenens, sudes ligneas, quibus sere contine- bantür, incidit, aditumque presbytero patefecit. At ille de nocte (1) consurgens, ad domum pergit , satis virum obsecrans, ne de eo cuiquam aliquid enarraret. Domum igitur suam ingressus , inquisitis chartis, quas ei memorata regina tradiderat, ad Chlothacharium regem defert , indicans qualiter ab episcopo suo vivens sepulture fuerat mancipatus. Stupescentibus autem omnibus, et dicentibus, numquam vel Neronem, vel Herodem tale facinus perpetrasse, ut homo vivens. sepulcro .reconderetur, advenit ad Chlothacharinm regem Cautinus episcopus : sed accusante presbytero, victus confususque discessit. Presbyter autem, acceptis a rege preceptionibus, res suas ut libuit defensavit , posseditque, ac suis posteris dereliquit. In Cautino autem. nihil sancti, nihil pensi fuit : de oranibus enim scripturis, tam ecclesiasticis quam secularibus , adplene immunis fuit. Judæis valde carus ac subditus erat, non pro salute, ut pastoris cura débet esse sol- licita, sed pro comparandis speeiebus , quas cum hic. blandiretur, et illi se adulatores manifestissime de- clararent, majori quam: constabant pretio venumda- bant (2) : :

(1) [Clun., de nocte præteriens.] (2) Chesn. et Freh., venumdabat.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 33 main droite vers le bord du monument, et y trouva une barre de fer qui était restée dans une fente entre le cou- vercle et les parois du tombeau. En la remuant peu à peu il sentit, avec l'aide de Dieu, la pierre se reculer; et quand elle fut assez écartée pour que le prétre püt sortir la tête au-dehors, il agrandit l'ouverture de manière à y passer tout entier sans obstacle. En ce moment , les ténè- bres de la nuit obscurcissaient le jour, mais n'étaient pas encore répandues partout. Anastase court à une autre porte de la crypte : elle était fermée par de fortes serrures, et consolidée. par d'énormes clous; mais elle n'était pas tellement unie dans son ensemble, qu'on ne püt voir par les interstices des planches. Le prétre se penche vers ces ouvertures et apercoit un passant : il l'appelle, quoique d'une voix exténuée. Celui-ci l'entend, et sans tarder, avec une hache qu'il tenait à la main, il coupe les piéces de bois auxquelles étaient attachées les serrures et ouvre une issue au prétre. Anastase s'échappe à la faveur de la nuit, et se rend à son domicile, aprés avoir instamment prié son libérateur de ne parler de ce fait à personne. De retour.chez lui, il recueille les chartes que lui avait octroyées la reine Clotilde, et les porte au roi Clotaire, en lui dénonçant comment i avait été enseveli vivant par son évéque. Lorsque tous étaient encore stupéfaits de ce récit, et avouaient que jamais Néron ni Hérode n'avaient commis un tel forfait , d'enfermer un homme vivant .dans un sépulcre, l’évêque Cautin vint trouver le roi Clotaire; mais accusé par le prétre, il s'en retourna convaincu et couvert de confusion. Anastase, muni de diplómes du roi, défendit son bien aisément, en jouit librement, et le transmit à sa postérité. Cautin n'avait ni religion ni respect humain : complétement étranger aux saintes Écri-

I. 5

34 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

XIII. Chramnus (1) vero his diebus apud Arver- num residebat : multæ enim cause tunc per eum inrationabiliter gerebantur; et ob hoc acceleratus est (2) de mundo : multum enim maledicebatur a po- pulo. Nullum autem hominem diligebat, a quo con- silium bonum utileque posset accipere; nisi collectis vilibus personis ætate juvenili fluctuantibus, eosdem tantummodo diligebat (5), eorumque consilium au- diens, ita ut filias senatorum, datis preceptionibus , eisdem vi detrahi (4) juberet. Firminum a comitatu urbis graviter injuriatum abegit, et Salustium Evodii filium subrogavit. Sed Firminus cum socru sua eccle- siam petiit. Erant autem Quadragesimae dies : et Cau- tinus episcopus in Brivatensem dioecesim (5) psal-

(1) Hoc caput deest in Reg. et Colb. * Et in Reg. 8. Confer illud cum cap. 66, lib. 1, de Gloria Mart.

(2) Sic mss. Editi vero, celerius ablatus est.

(3) Sic iidem mss. At editi habent, collectas viles personas ætate juvenili fluctuantes fovebat et diligebat: * Cam. habet, ætatisque juvenilis.

(4) Ed., datis prædationibus, seu, dans prædonibus, eisdem vi detrahi, etc. * Ruinart et D. Bouq. habebant, eisdem videntibus trahi j.; sed mss. repugnant : inter quos Corb., qui habet ipse, vi detrahi j.; etsi hoc precipue suam lectionem tuebantur Æ et Z. Bell., eidem.

(5) Diæcesis, hic pagum designat ; nam Brivas, ubi celebris ecclesia

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 35 tures et aux lettres profanes, il était cher aux juifs, dont il se faisait le serviteur, non pour les amener au salut, comme doit le faire la tendre sollicitude d'un pasteur pour son troupeau, mais pour en acquérir certains objets de prix : et comme il les recherchait avec empressement, et que les juifs étaient ses adulateurs déclarés, ils les lui ven- daieñt plus cher qu'ils ne coûtaient.

XIII. Cependant Chramne, dans ces jours-là , résidait à Clermont, il commettait beaucoup d'actions dérai- sonnables, et c'est pourquoi il fut retiré promptement de ce monde : aussi le peuple le maudissait. Il n'avait aucun ami qui pâût lui donner des conseils bons et utiles : mais réunissant des personnes de vile condition et dans la fou- gue de la jeunesse, il les adoptait exclusivement pour amis et pour conseillers , leur livrait des filles de sénateurs, et donnait même des diplômes pour les faire enlever de force. Il dépouilla Firmin du comté de la ville aprés l'avoir grandement outragé, et lui substitua Saluste , fils d'Evodius. Firmin se réfugia dans l'église avec sa belle-mèré On était alors en carême, et l'évéque Cautin devait se rendre en procession à la paroisse de Brioude , selon l'usage établi par saint Gall, comme nous l'avons dit plus haut (1). L'évéque sortit donc de la ville vi- vement affligé, et craignant d'éprouver en route quel- que accident, car le roi Chramne lui faisait aussi des menaces (2). Tandis qu'il était en route, le roi envoya

(1) Chap. 5.

(2) N'oublions pas que son antagoniste Caton était le protégé de Chramne, chap. 11. Le roi Chramhe, dit-il. Ce titre de roi est sou- vent donné par l'auteur aux fils de rois. Voyez liv, n1, chap. 22, en

36 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

lendo adire disposuerat, juxta institutionem sancti Galli , sicut supra scripsimus. Egressus est igitur episcopus ab urbe cum magno fletu, metuens ne ali- quid in itinere adversi perferret : intendebat. enim eL ipsi rex Chramnus minas. Qui dum iter ageret , misit rex Imnacharium et Scaptharium primos de latere suo , dicens : « Ite, et vi abstrahite Firmi- « num Cæsariamque socrum ejus de ecclesia. » Disce- dente (1) vero episcopo cum psallentio, sicut supra memoravimus, hi qui missi fuerant a Chramno, in- grediuntur ecclesiim , ac Firminum Cæsariamque variis. conlocutionum dolis mulcere tentant. Verum ubi diutissime alia ex aliis deambulantes per ecclesiam colloquuntur, et in hoc qui confugerant intenderent ex animo que dicebantur, ad regias (2) edis sacre, quae tunc reseratæ fuerant, adpropinquant. Tunc Im- nacharius Firminum, Scaptharius (5) Caesariam ad- prehensos inter brachia ab ecclesia ejiciunt, paratis pueris qui susciperent : quos statim in exsilium direxe- runt. Sed die altera depressis somno custodibus, ipsi se liberos sentientes, ad beati Juliani basilicam con- fugiunt, et sic ab exsilio liberantur : res tamen eorum fisco conlatæ sunt. Cautinus autem episcopus, cum suspectus esset quod. et ipse (4) injuriaretur, ac me-

S. Juliani , ex dicecesi erat Árvernensi. Litaniz institutio, de qua hic Gregorius, babetur supra cap. 5, quod tamen deest in pluribus mss.

(1) Aliquot manuscripti et editi, descendenté. [Ita Clun.]

(2) Id est portas. Corb., ad reias.... Regie etiam erant valvæ seu cancelli quibus presbyterium claudebatur. * Corb. infra : reseratæ fuerunt.

(3) In Bec. semel prior Zmnacrius, semper vero alter Captarius di- cuntur,

(4) [Dub., ipsi injuriaretur.]

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. 1V. 37 Imnachaire et Scapthaire, les premiers de ses affidés (1), en leur disant : «Allez, et arrachez par force de l'église « Firmin et Césarie sa belle-mère. » Lors donc que l'évêque s'éloignait avec la procession, comme il a été dit plus haut, lés émissaires de Chramne entrent dans l'église , et cherchent à amuser Firmin et Césarie par les artifices d'une conversation variée. Aprés avoir parlé fort long- temps de choses et d'autres, tout en se promenant dans l'église, tandis que les réfugiés prétaient toute leur atten- tion à ce qu'on leur disait, ils s'approchent des portes du sanctuaire, qui avaient été ouvertes. Alors Imnachaire saisissant Firmin dans ses bras, et Scapthaire, Césarie , ils les jettent hors de l'église, entre les mains de serviteurs apostés pour les saisir, et sur-le-champ les envoient en exil. Le secomd jour leurs gardiens s'étant endormis, ceux-ci se sentirent libres, et se réfugièrent dans la basi- lique de Saint-Julien; ils furent ainsi délivrés de l'exil, mais leurs biens furent confisqués. Quant à l’évêque Cantin, soupconnant le coup dont il était menacé, il par- courait le chemin dont il a été question, ayant près de lui un cheval tout sellé, lorsqu'il apercut derrière lui des cavaliers suivant la même direction et cherchant à l'at- teindre. « Malheur à moi! dit-il; ces hommes sont envoyés « par Chramne pour me saisir.» Puis, s'élancant sur son cheval, il laisse la procession , et pressant sa monture à coups d'éperons, parcourt seul tout le chemin jusqu'au

parlant de Théodobert, du vivant de Théodoric son père : et liv. v, chap. 5o, il donne le titre de reine à Rigonthe.

(1) En latin, de latere suo. Nous avons dans Marculfe, liv. 1, ch. 4». une formule sont nommés des russi de latere regis. Le titre de légat a latere s'est conservé, comme on «ait, aux envoyés de la cour de Rome. Voyez aussi liv. v, chap. 29.

38 HISTORIA FRANCORUM, LIB, IV.

moratum iter terens equum haberet stratum, vidit post tergum homines venientes cum caballis, qui ad occursum ejus veniebant , et ait : « mihi ! quia hi « sunt quos Chramnus direxit ad me comprehenden- « dum. » Et asscenso (1) equite, relicto psallentio , solus usque in porticum basilicæ sancti Juliani, ambo- bus (2) urgens calcaneis cornipedem, pene exanimis percurrit. Sed nos hac narrantes, Sallustii senten- tiam , quam in detractores (5) historiographorum pro- tulit, memoramus. Ait enim-: « Árduum videtur res « gestas scribere : primum , quod facta dictis exæ- « quanda sunt : deinde quia plerique delicta, quae « reprehenderis, malevolentia et invidia dicta pu- « tant. » Sed coepta sequamur.

XIV. Igitur Chlothacharius post mortem Theodo- baldi cum regnum Francie suscepisset, atque illud circumiret , audivit a suis iterata (4) insania efferves- cere Saxones, sibique esse rebelles; et quod tributa quae annis singulis consueverant ministrare, contern- nerent reddere. His incitatus verbis, ad eos dirigit. Cumque jam prope terminum illorum esset, Saxones - legatos ad eum mittunt, dicentes : « Non enim.sumus « contemtores tui, et ea quae fratribus ac nepotibus « tuis (5) reddere consuevimus, non negamus; et « majora adhuc , si quæsieris, reddemus. Unum tan-

(1) [Dub., ascenso equo.)

(2) * Ambis, Corb., Cam.

(3) * Détractoribus, Cam. ; protulit, deest ibid., et in Corb. Infra, qua delicta reprehend., Cam.

(4) * Initerata, Corb. Reg. B. Supra, uterque eum pro illud.

(5) * Tuis deest in Corb.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 39 portique de la basilique de Saint-Julien, il arrive à demi mort. Mais en faisant ce récit nous nous rappelons cette pensée de Salluste, qui est sa réponse aux détrac- teurs de l'historien (1) : « Il semble difficile d'écrire les « actions des hommes; d'abord parce qu'il faut élever le «langage à la hauteur des faits, ensuite parce que la « plupart attribuent à la malveillance et à l'envie le récit « des fautes que vous blámez. » Mais poursuivons.

XIV. Clotaire, aprés la mort de Théodebald, devint roi de la France (2); et comme il parcourait ce royaume, il apprit de ses sujets que les Saxons, transportés d'un nouvel accés de folie, s'étaient révoltés et refusaient de lui remettre les tributs qu'ils avaient coutume de payer tous les ans. Animé par ces paroles il marche contre eux. Lorsqu'il était prés de leurs frontières, les Saxons lui envoient des ambassadeurs chargés de lui dire : « Nous « n'avons pas de mépris pour toi; ce que nous avions « coutume de payer à tes frères et à tes neveux (3), nous ne

(1) Sallust., Catilina, chap. 5. Notre auteur parait s'excuser de ne raconter que des crimes.

(2) Voyez Éclairciss. et observ. (Note i.) .

(3) Valois pense qu'il faut lire fratri, au lieu de fratribus; puisque des trois rois d'Austrasie auxquels succède Clotaire, un seul, Thierri, était son frére; les deux autres, ses neveu et petit-neveu. Mais le Saxons pouvaient ne pas savoir au juste la filiation de ces trois princes, et les regarder comme frères, ou comme neveux de Clotaire.

40 HiSTORIA FRANCORCM, LIB. IV.

« tum exposcimus, ut sit pax, ne tuus exercitus et « noster populus conlidatur. » Hzc audiens Chlotha- charius rex, ait suis : « Bene loquuntur hi homines : « non (1) incedamus super eos, ne forte peccemus. « in Deum. » At illi dixerunt : « Scimus enim eos « mendaces , nec omnino quod promiserint (2) im- « pleturos : eamus super eos. » Rursum Saxones ob- tulerunt medietatem facultatis sue , pacem petentes. Et Chlothacharius rex ait suis : « Desistite, quaeso, ab « his hominibus, ne super nos Dei ira concitetur. » Quod illi non adquieverunt. Rursum Saxones obtu- lerunt vestimenta, pecora, vel omne corpus facultatis suae, dicentes : « Haec omnia tollite cum medietate « terra nostre . tantum uxores et parvulos nostros « relinquite liberos, et bellum inter nos non commit- « tatur. » Franci autem nec hoc adquiescere volue- runt. Quibus ait Chlothacharius rex (5) : « Desistite, « quaeso, desistite ab hac intentione. Verbum enim « directum non habemus : nolite ad bellum ire, in « quo disperdamini. Tamen si abire (4) volueritis « spontanea voluntate, ego non sequar. » Tunc illi ira commoti contra Chlothacharium. regem , super eum inruunt, et scindentes tentorium ejus, ipsum quoque (5) conviciis exasperantes , ac vi detrahentes , interficere voluerunt, si cum illis abire differret. Heec

(1) [Dub., non ingrediamur.]

(2j * Corb., promiserunt.

(3) * Hiec omnia : Franci autem... rex, desunt in Reg. Z.

(4) * Ruin. et D. Bouq. habebant eo ire... et infra, fuit cum eis. At nostra lectioui favent plurimi mss., Corb., Bec., Colb., Reg. 4; Dub. Reg. Z et Cam. Sic quoque habent plerique editi

(5) * Ipsumque, Corb., Reg. J.

L

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. 1V. 41 «te le refusons pas, nous te donnerons méme plus si tu « l'exiges ; nous ne demandons qu’une chose, c’est que la «paix subsiste; c'est que ton armée ne vienne pas se « heurter contre notre peuple.» À ces mots, Clotaire dit aux siens : « Ces hommes parlent bien; n'allons point les « attaquer de peur de pécher contre Dieu. » Mais ceux-ci répondirent : « Nous savons qu'ils sont des menteurs et « qu'ils ne rempliront aucunement leurs promesses : mar- « chons contre eux. » Les Saxons demandérent eucore la paix en offrant la moitié de ce qu'ils possédaient ; et le roi Clotaire dit aux siens : « Cessez, je vous prie, d'en vouloir « à ces hommes de peur d'attirer sur nous la colére de « Dieu. » Mais ils ne l’écoutèrent pas; les Saxons vinrent encore offrir des vétemens, des troupeaux, et méme toutes leurs richesses, en disant : « Prenez tout cela avec la moi- « tié de notre pays; laissez-nous seulement nos femmes et «nos jeunes enfans, mais qu'il n'y ait point de guerre « entre nous. » Les Francs rejetérent encore tout accom- modement : « Cessez, je vous en conjure, leur dit le roi « Clotaire ; renoncez à vos projets; nous n'avons pas pour « nous le bon droit : ne veuillez pas marcher à une guerre « vous trouveriez votre perte; que si vous voulez abso- « lument partir, pour moi, je ne vous suivrai pas. » Alors ceux-ci, irrités contre le roi Clotaire, se jettent sur lui, déchirent sa tente en l'accablant de reproches, et l'en arrachent de force, bien décidés à le tuer s'il tardait à marcher avec eux (1). A cette vue Clotaire partit avec eux malgré lui. Mais quand le combat fut engagé, ils furent taillés en pièces par leurs adversaires; et des deux cótés il périt tant de monde, qu'on n'aurait pu ni évaluer

(1) Voyez Éclairciss. cl observ. (Note L.)

42 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

videns Chlothacharius , invitus abiit cum eis. At illi , inito certamine , maxima ab adversariis internecione cæduntur : tantaque ab utroque exercitu multitudo cecidit, ut nec æstimari , nec numerari penitus possit. Tunc Chlothacharius valde confusus pacem petiit, di- cens se non sua voluntate super eos venisse. Qua obtenta, ad propria rediit.

XV. (1) Turonici autem audientes regressum fuisse regem de caede Saxonum, facto consensu (2) in Eufro- nium presbyterum , ad eum pergunt, dataque sugge- stione , respondit rex : « Preceperam enim, ut Cato « presbyter illic ordinaretur : et cur est spreta jussio « nostra? » Responderunt ei (3) : « Petivimus enim « eum, sed noluit venire. » Hzc illis dicentibus , advenit subito Cato presbyter deprecans regem, ut ejecto Cautino ipsum Arverno juberet institui. Quod rege inridente, petiit iterum ut Turonis ordinaretur, quod ante despexerat. Cui rex ait : « Ego primum « præcepi, ut Turonis (4) te ad episcopatum conse- « crarent : sed quantum audio, despectui habuisti « ecclesiam illam; ideoque elongaberis a dominatione « ejus : » et sic confusus abscessit. De sancto vero Eu- fronio interrogans , dixerunt eum nepotem esse beati Gregorii (5), cujus supra meminimus. Respondit rex :

(1) Deest hoc caput in Bellov. et Corb. [Deest etiam in Dub. ] * Et in Cam. |

(2) * In Eufronio presbytero, Reg. B. :

(3) * Responderuntque, Reg. B.

(4) * Turonici, Reg. B.

(5) Lingonensis scilicet episcopi, de quo supra, lib. ut, cap. 19, et inter Vitas Patrum , cap. 7, etc.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 43 ni compter le nombre des morts. Alors Clotaire confus demanda la paix, disant que ce n'était pas de sa propre volonté qu'il les avait attaqués; l'ayant obtenue, il revint dans ses états.

XV. Apprenant que le roi était revenu de cette san- glante expédition en Saxe, ceux de Tours qui avaient fait un accord (1) pour élire évêque le prêtre Eufrone, vin- rent trouver Clotaire, et lui exposèrent leur demande. “Mais, dit le roi, j'avais ordonné que le prêtre Caton «füt établi évéque de cette ville; pourquoi nos ordres « n'ont-ils pas été exécutés? » Ils lui répondirent : « Nous «lavons demandé, mais il n'a pas voulu venir (2). » Comme ils disaient ces mots, arrive tout à coup le prêtre Caton, priant le roi de rejeter l'évéque Cautin et de le faire à sa place évêque de Clermont. Le roi ayant accueilli cette demande avec dérision, Caton lui demanda d’être nommé à Tours; faveur qu'il avait refusée précédemment. Alors le roi luj, dit : « J'avais d'abord ordonné que l'on te « sacrât évêque de Tours ; maïs, à ce que j'apprends, tu «as dédaigné cette église; ainsi jamais tu n'en seras le «maître ; » et Caton se retira tout confus. Comme le roi faisait plusieurs questions sur le compte de saint Eu- frone, on lui dit qu'il était le neveu du bienheureux Gré- goire, dont nous avons parlé plus haut (3). Le roi ré-

(1) Voyez Éclairciss. et observ. (Note m ) (2) Voyez chap. 11. (3) Voyez liv. ut, chap. 19.

44 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV. « Prima hæc est et magna generatio. Fiat voluntas « Dei, et beati Martini : electio compleatur, » Et data praceptione , octavus-decimus post beatum Martinum sanctus Eufronius ordinatur (1) episcopus.

XVI. Chramnus vero apud (2) Arvernis diversa , ut diximus, exercebat mala, semper adversus Cauti- tum episcopum invidiam tenens. Eo tempore graviter ægrotavit , ita ut capilli ejus a nimia febre deciderent. Habebat autem tunc secum virum magnificum, et in omni bonitate perspicuum (5), civem Arvernum, Asco- vindum (4) nomine, qui eum vi ab hac malitia que- rebat avertere, sed non poterat. Habebat enim et Leonem Pictavensem, ad omnia mala perpetranda gravem stimulum , qui nominis sui (5) tamquam leo erat in omni cupiditate sævissimus. Hic fertur qua- dam vice dixisse, quod Martinus et Martialis confes- sores Domini nihil fisci viribus (6) utile reliquissent. Sed statim percussus a virtute confessorum , surdus et mutus eífectus, amens est mortuus. Venit enim

miser ad basilicam sancti Martini Turonis, celebra-

(1) * Ordinatus est, Reg. B.

(2) [Clun., apud Arvernum.] * Arvernus, Corb., Reg. B.

(8) * Et omnibus perspicuum, Bell., Corb.

(4) Sic omnes mss. præter Bec. cum Ed. ubi 4nscovindum. * Ascoun- dum, Reg. B. Paulo infra, [in cod. Dub. deest «/.]

(5) * Apud Rain. et D. Bouq., qui secundum nominis sui interpre- tationem tanquam leo, etc., quod sane lucidum magis. At repugnant mss. Corb., Bell, Colb., Reg. 4: Reg. Z, Cam. qui habent : qui nominis sui tanquam leo.

6) * F'iribus , pro juribus quod habebat 7t, assumpsimus ex autori- tate codd. Corb., Bell., Colb., Reg. 4; Reg. #, Cam.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 45 pondit : «C'est la premiére et la plus belle noblesse. « Ainsi soit faite la volonté de Dieu et de saint Martin! « que l'élection s'accomplisse. » Et d'aprés l'ordre qu'il en donna par un diplóme, saint Eufrone fut ordonné évéque, le dix-huiti&me depuis saint Martin.

XVI. Cependant Chramne , comme nous l'avons dit, commettait toutes sortes de violences en Auvergne, et était toujours l'ennemi déclaré de l'évéque Cautin. En ce temps il fut dangereusement malade, et ses cheveux tom- bèrent par suite d'une fièvre violente. Il avait alors près de lui un homme généreux et distingué par toutes les vertus : c'était un citoyen de Clermont nommé Ascovinde, qui cherchait à le détourner de toutes ses forces de cette disposition à faire le mal, mais sans pouvoir y réussir ; car prés de Chramne était aussi un certain Léon de Poitiers, violent aiguillon pour le pousser à tous les excés. Bien digne de son nom, il déployait la cruauté d'un lion pour satisfaire tous ses désirs. On prétend qu'un jour il dit que Martin et Martial, ces confesseurs du Seigneur, n'avaient laissé au fisc rien qui vaille. Mais aussitôt, frappé par la vertu des saints confesseurs, il devint sourd et muet, et mourut en démence. Le malheureux s'était rendu dans la basilique de Saint-Martin de Tours, y avait prié pendant la nuit (1), avait offert des pré- sens; mais la vertu accoutumée du saint ne daigna pas descendre sur lui, et il s'en retourna infirme comme il était venu. Chramne quittant Clermont vint à Poitiers.

(1) Vigilias en cet endroit, comme en beaucoup d'autres, me parait signifier des nuits passées en prières, plutôt que la récitation de l'office appelé Vigiles, ce qui ne convenait qu'aux hommes de l'église.

46 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

vitque vigilias , dedit munera : sed non eum respexit virtus consueta : cum ipsa enim qua venerat infirmi- tate, regressus est. Chramnus autem ab (1) Arvernó regressus , ad Pictavis civitatem venit. Ubi cum in magna potentia resideret, seductus (2) per malorum consilium, ad Childebertum patruum suum transire cupit, patri insidias parare disponens. Ille vero do- lose quidem, sed (5) suscipere illum promittit, quem monere spiritaliter debuerat, ne patri exsisteret ini- micus. Tunc per occultos nuntios inter se conjurati , contra Chlothacharium unanimiter conspirant (4). Sed nec memor fuit Childebertus , quod quotienscum- que adversus fratrem suum egit, semper confusus abscessit. Chramnus vero hoc foedere inito, Lemovi- cino rediit, et illud, per quod prius ambulaverat in regno patris sui, in sua dominatione redegit. Tunc Arvernus populus infra muros tenebatur inclusus, et diversis infirmitatibus oppressus graviter interibat. Porro Chlothacharius rex duos filios suos, id est Cha- ribertum et Guntchramnum , ad eum dirigit. Qui per Arvernum venientes , audientesque quod in Lemovi- cino esset , usque ad montem , quem Nigrum nomine dicunt, accedunt, eumque reperiunt. Figentesque tentoria , contra se resederunt, mittentes legationem, ut res paternas, quas male pervaserat, reddere de- beret : sin autem aliud , campum præpararet ad bel- lum. Cumque (5) ille patri subditum se esse confin-

(1) [Clun., ab Arvernis] * Mutem, deest in Corb., Reg. B, et Cam. (2) * Sed victus, Cam.

(5) * Se, Reg. B.

(4) * Conspirarent, Reg. B,

(5) * Cum, Reg. B.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 47 Tandis qu'il y résidait avec toute la puissance d'un maître, séduit par les conseils des méchans, il désira passer du cóté de Childebert son oncle; car il songeait à ourdir un complot contre son père. Childebert, avec une arrière- pensée il est vrai, lui promit cependant de le recevoir, tandis qu'il aurait l'avertir charitablement (1) de ne pas se faire l'ennemi de son père. Aprés s'étre entendus par des messages secrets ils conspirent contre Clotaire. Mais, Childebert oubliait que chaque entreprise formée contre son frére (2) avait tourné toujours à sa confusion. Ce traité conclu, Chramne rétoürna dans le Limosin, et réduisit sous sa domination les. portions du royaume de son père qu'il avait parcourues précédemment. Alors le peuple de Clermont était tenu renfermé dans les murs de la ville, et périssait accablé de diverses maladies. Clotaire envoya vers lui deux de ses fils , Charibert et Gontran : ceux-ci vinrent en Auvergne, et apprenant qu'il était en Limo- sin, s'avancérent jusqu'au lieu appelé la montagne Noire, ils le trouvèrent. Ayant dressé leurs tentes, ils s'éta- blissent én.sa présence, et lui envoient des députés, lui enjoignant restituer les biens paternels qu'il avait usur- pés, sinon, qu'il se préparát à combattre. Chramne, fei- gnant d'étre encore soumis à son pére, leur dit : «Je ne « pourrai me dessaisir de tout le pays que j'ai parcouru ;

(1) Spiritaliter. La qualité d'oncle, de Childebert à l'égard de «Chramne, justifie-elle cette expression ? N’aurait-il pas été son père spirituel, ou parrain ? |

(2) Par exemple, lorsqu'il avait voulu enlever l'Auvergne à Thierri ; 1, 9 : lorsque, réuni à Théodebert, il allait combattre contre Clo- : taire ; i11, 28 : lorsque, de concert avec le méme Théodebert, il garda tout l'argent que leur avait donné Théodat; et que Clotaire s'en ' dédommagea en s'emparant, pour lui seul, des trésors de Clodomir ; i, 3r.

48 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV. geret , diceretque : « Omne quod circumivi laxare non

o « potero , sed sub mea hoc potestate cum gratia patris « mei cupio retinere. » Illi ut prelium hoc inter ipsos dijudicaret, postulant. Cumque moto utrique exer- citu cum magno armorum apparatu ad bellum con- venissent, subito exorta tempestas cum gravi corus- catione atque tonitruo, eos ne pugnarent inhibuit. Redeuntes autem (1) ad castra, Chramnus dolose per extraneam personam patris mortem fratribus pro- nuntiat. Eo enim tempore bellum contra Saxones, quod supra diximus, gerebatur. At illi timentes, cum summa velocitate Burgundiam redierunt. Chramnus vero cum exercitu post eos dirigens, usque civitatem, Cavillonensem venit, eamque obsidens adquisivit. Exinde usque Divionense castrum pertendit, ibique cum die dominico advenisset , quid gestum fuerit di- cam (2). Erat ibi tunc sanctus Tetricus (5) episco- pus, cujus in superiori libello memoriam fecimus. Positis clerici (4) tribus libris super altarium , id est Prophetiæ, Apostoli, atque Evangeliorum, oraverunt ad Dominum, ut Chramno quid eveniret ostenderet : aut si ei (5) felicitas succederet , aut certe si regnare posset, divina potentia declararet : simulque unam habentes conniventiam (6) , ut unusquisque in libro

(1) * Autem, deest in Reg. B.

(2) * Dicamus , Cam.

(5) * Theodericus , Reg. B.

(4) [Dub., positis a clericis.]

(5) * Eis, Cam.

(6) Corb., Bec. et Bell., conJubentiam. [Ita Dub, Clun., coniben- tiam.] * Reg. B, conventionem.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 49 « mais avec la gráce de mon pére, je désire le conserver «sous mon pouvoir.» Ses fréres demaudérent que le combat décidát entre eux. Déjà de part et d'autre les deux troupes nombreuses et bien armées se disposaient à l'attaque, lorsque tout à coup une tempête accompagnée d'éclairs et de tonnerre suspendit le combat. Comme on rentrait dans les camps, le rusé Chramne fit annoncer à ses frères, par un étranger, la mort de leur père; car à cette époque avait lieu la guerre contre les Saxons dont j'ai parlé plus haut (1). Ceux-ci, alarmés, retoür- nérent promptement en Bourgogne. Chramne les ayant suivis avec son armée, s'avanca jusqu’à Châlons, l'as- siégea et s'en rendit maitre; puis il poussa jusqu’à la forteresse de Dijon, il arriva un dimanche. Là, se passa un fait que je vais raconter : il s'y trouvait alors l'évêque saint Tétricus, dont nous avons fait mention (2) dans un précédent ouvrage; les clercs ayant placé trois livres sur l'autel, les Prophétes, l'Apótre, les Évangiles, prièrent le Seigneur de découvrir à Chramne le sort qui l'attendait : s'il devait réussir, ou du moins régner un jour, ils suppliaient la puissance divine de le faire con- naitre; en méme temps ils:convinrent entre eux de lire chacun à la messe, le passage qu'ils auraient trouvé à l'ou- verture du livre. Ils ouvrent donc d'abord le livre des Prophètes, et tombent sur ces paroles : J'en arracherai la haie, et elle sera livrée au pillage; au lieu de porter de

(1) Voyez chap. 10. 14.

(2) Tétricus n'est pas nommé dans le livre précédent de cette his- toire. A l'index du livre de Gloriá Confessorum, le chap. 107 est inti- tulé ; de Sancto Tetrico episc. Lingonensi. Mais dans le corps de l'ouvrage il n'en est pas question.—Il en est fait aussi mention dans le livre de Vitis Patrum ; et plus bas, v, 5.

i. 4

50 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

quod primum aperiebat , hoc ad missas etiam legeret. Aperto ergo primo omnium Prophetarum libro, repe- riunt : Zuferam maceriam ejus, et erit in desolatio- nem : pro eo quod. debuit facere uvam, fecit autem labruscam. Reseratoque Apostoli libro, inveniunt : Ipsi enim diligenter scitis , fratres, quia dies Domini sicut fur in nocte veniet (1). Cum dixerint : Paz et securitas , tunc repentinus illis superveniet interitus , sicut dolores parturientis , et non effugient (2). Do- minus autem per Evangelium (5) ait : Qui non audit verba mea, adsimilabitur viro stulto, qui ædificavit domum. suam. super arenam : descendit pluvia, ad- venerunt, flumina , flaverunt venti et inruerunt in domum illam , et cecidit, et facta est ruina ejus magna. Chramnus vero ad basilicas (4) ab antedicto sacerdote susceptus est, ibique comedens panem, ad Childebertum pertendit. Infra tamen muros Divio- nenses non est permissus intrare. Fortiter tunc rex Chlothacharius contra Saxones decertabat. Saxones enim, ut audierunt (5), per Childebertum commoti , atque indignantes contra Francos superiori anmo, exeuntesque de regione sua in Franciam venerumt,

(1) Sic Corb. et Bell.; alii cum editis nocte, ita veniet. * Sic et cod. Reg. 2. [Sic Dub. et Clun.] Regm. infra, tunc repentinus ve- niet interitus. [Ita Clun.] —* Dixerit, Reg. 8.

(2) Hic desinit codex Regius À, quamvis initio hujus libri index omnium ipsius capitum habeatur, et non sit lacerus. Tum proxime subjungitur Reginonis Chronicon eadem omnino manu, qua Grego- rii libri, conscriptum.

(3) * In evangelio, Cam.

(4) Colb., basilicam.

(5) Sic Corb. et Bell.; alii plerique, ut adserunt. [Ita Clun. ] * Sic et Reg. B.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 5t

bons raisins elle n'a donné que de mauvais fruits (x). Le livre de l'Apótre ouvert leur offre ces mots : Vous savez bien, mes frères, que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. Lorsqu'ils auront dit : Paiz et sécurité, la mort fondra sur eux tout d'un coup comme les douleurs de l'enfantement sur une femme, et ils ne pourront l'éviter (2). Enfin le Seigneur dit, par son Évangile : Celui qui n'écoute pas mes paroles est comparable à un insensé qui édifie sa maison sur le sable : la pluie est tombée, les torrens se sont précipités, les vents ont soufflé contre elle avec violence, et elle s’est écroulée, et la ruine en a été grande (3)aChramne, accueilli dans les basiliques par l’évêque Tétricus, y mangeait son pain (4); puis il se dirigea vers Childe- bert; mais il ne lui fut pas permis d'entrer dans les murs de Dijon. Le roi Clotaire combattait alors vigoureuse- ment contre les Saxons. En effet, les Saxons soulevés par Childebert, comme on l'apprit depuis, et indignés contre les Francs pour les ravages de l'année précé- dente (5), étaient sortis de leur pays, avaient attaqué la France (6), et s'étaient avancés jusqu'à la ville de Divi-

(1) Isai., v. 5, 4.

(2) I Thess., v. 2, 5.

(3) Saint Matth., vii. 26, 27.

(4) Expression biblique, pour dire : Vivait misérablement, comme un pauvre qui n’a que du pain à manger. Les basiliques dont il est question ici sont peut-être celles de Saint-Bénigne et de Saint-Jean, alors en dehors de la ville; depuis, dans l’intérieur (Ruinart). Saint- Bénigne est maintenant la cathédrale de Dijon, érigé en évèché en 1731. |

(5) L'expédition rapportée chap. 10. La seconde guerre, dont il est question ici, est celle qui a été racontée chap. 14.

(6) La France transrhénane, ou la limite orientale de l'Austrasie, Voyez chap. 14. (Note 7.)

59 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV. et usque ad Divitiam (1) civitatem prædas egerunt , nimiumque grave (2) scelus perpetrati sunt.

XVII. Tunc ChramnusjamacceptaWilicharii (5) filia, Parisiusaccedens, secum Childebertum regem constrin- git in fide atque caritate, jurans se patri esse certissi- mum inimicum. Childebertus autem rex, dum Chlo- thacharius contra Saxones decertaret, in campaniam Remensem accedit, et usque (4) Remis civitatem prope- rans, cuncta prædisatque incendio devastavit. Audierat enim fratrem:suum a Saxonibus fuisse peremtum , et regno suo cuncta subjici estimans, quæ adire potuit universa pervasit.

XVIII. Tunc et Austrapius dux Chramnum me- tuens , in basilicam sancti Martini confugit : cui tali in tribulatione posito non defuit divinum auxilium. Nam cum Chramnus ita eum constringi jussisset, ut nullus illi alimenta prebere præsumeret, et ita arctius custodiretur, ut nec aquam quidem ei haurire liceret, quo facilius compulsus inedia, ipse sponte sua de basilica sancta periturus exiret; accedens quidam vas- culum illi cum aqua (5) semivivo detulit ad potan- dum. Quo accepto, velociter judex loci advolavit ereptumque de manu ejus, terre diffudit. Quod velox

(1) Sic Corb., Bell. [Dub. et Clun.] Colb. habet Mustiam. Editi ut plurimum Nutiam. * Reg. B, Niustiam.

(2) Alii, grande.

(3) * Sic fere omnes mss. Ruin. et D. Bouq. maluerunt Wiliacharü. [Clun., acceptam Wiliacharii filiam , Parisius accessit.)

(4) [Cod. Dub., usque Remus.]

(5) [Dub. et Clun., cum aqua sine vino.] Simevivo, Corb.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 53 tia (1) en pillant, et en ponant partout des traces de leur fureur.

XVII. Chramne ayant pris en mariage’ la fille de Wilichaire (2), se rendit à à Paris, et s'attacha le roi Childe- bert comme complice et comme ami, er lui jurant qu'il était l'ennemi déclaré de son père. Childebert, tandis que Clotaire combattait contre les Saxons, entra dans la campagne rémoise, et s'avanca jusqu'à la ville de Reims, pillant et brûlant tout le pays. En effet, il avait oui dire que son frére avait été tué par les Saxons; et pensant dés lois que tout lui était soumis, il envahit tous les pays il put pénétrer.

XVHI. Dans le même temps, le duc Austrapius craignant la colére de Chramne, se réfugia dans la basilique de Saint-Martin ; dans une telle tribulation le secours de Dieu ne lui manqua pas. En effet, Chramne l'avait fait resserrer de maniére que personne n'osait lui porter des alimens; et garder si étroitement, qu'il ne lui était pas méme permis de puiser de l'eau : il voulait que, pressé par la faim, le malheureux se décidát de lui-méine à sortir de la sainte basilique quoique sür de périr à l'instant. En cet état, quelqu'un s'approchant d'Austrapius demi-mort, lui présenta un vase d'eau pour boire : il le prit; aussitôt accourut le juge de l'endroit, qui le lui arracha desmains et le répandit à terre. Mais la vengeance de Dieu et du saint évéque outragé suivit de prés : le méme jour, ce

(1) Voyez Éclairciss. et observe. (Note n.) (2) Duc d'Aquitaine. (Aimoin, 11, 30.) La fille s'appelait Chalda. (Gest. Franc., chap. 28.)

54 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

Dei ultio, et beati antistitis virtus est subsecuta. Ea namque die judex, qui ista (1) gesserat, correptus a febre , nocte media exspiravit; nec pervenit in crasti- num ad illam horam, qua in basilica sancti poculum de manu excusserat fugitivi. Post illud miraculum , omnes ei opulentissime quae erant necessaria detule- runt. Redeunte autem in regnum suum rege Chlo- thachario, magnus cum eo est habitus. Tempore vero ejus, ad clericatum accedens apud Sellense castrum (2), quod in Pictava habetur dioecesi, episcopus ordina- tur (5) : futurum ut decedente Pientio antistite, qui tunc Pictavam regebat ecclesiam, ipse succederet. Sed rex Charibertus in aliud vertit sententiam. Denique cum Pientius episcopus ab hac luce migrasset, apud Parisius civitatem Pascentius , qui tunc abbas erat. ba- silicæ sancti Hilarii, ei succedit, ex jussu regis Chari- berti, clamante Austrapio sibi hunc redhiberi (4) locum : sed parum ei jactati profuere sermones. Ipse quoque regressus ad castrum suum, mota super se Theifalorum (5) -seditione, quos sepe gravaverat, lancea sauciatus crudeliter vitam finivit. Dioeceses vero suas ecclesia Pictava recepit.

XIX. Tempore (6) quoque Chlothacharii regis ,

(1) [Dub. et Clun., qua ista gesserat.] * Sic et Corb. Infra, istud mirac., Corb. et Reg. B.

(2) * Sellensim, Reg. B; Sellensem, Corb.

(3) "Episcopus, addidimus ex mss. Corb., Bell., Clun., Colb., Reg. Z.

(4) Regm., reddi debere. Bec., redeberi. | Clun., reddere debere.] * Corb., redebere.

(5) * Chefalorum, Cam.

(6) Deest hoc caput in Corb. et Bellov., [deest etiam in cod. Dub.] indicatur inter capita libri quarti in cod. Reg. * Deest et in Cam.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IY. 55 juge coupable, saisi de la fièvre, expira dans la nuit; il ne put arriver au lendemain, à cette heure où, dans la basilique du saint, il avait arraché le vase des mains du fugitif. Après ce miracle tous s'empressérent de fournir abondamment aux besoins d'Austrapius; et quand le roi Clotaire revint dans son royaume, il fut en grand honneur prés de lui. Du vivant de ce roi, il prit l'habit de clerc, et fut ordonné évêque au château de Selle, dans le diocèse de. Poitiers (1), avec promesse qu'à la mort de l'évêque Pientius, qui dirigeait alors l'église de Poitiers , il lui succéderait. Mais le roi Charibert en décida autre- ment. Quand l'évéque Pientius eut quitté le séjour de ce monde, Pascentius, abbé de Saint-Hilaire, se trouvant alors à Paris, lui succéda par l'ordre du roi Charibert , malgré les réclamations d'Austrapius, qui revendiquait cette place. Mais ses plaintes et ses cris furent inutiles. Il retourna donc à son château de Selle; et , ayant par ses exactions soulevé contre lui les Teifales (2), il fut blessé. d'une lance et périt misérablement. L'église de Poitiers rentra em possession de ses paroisses (3).

XIX. Au temps de Clotaire, un élu de Dieu, Médard,

(1) L'abbaye de Selle ou Celles, prés de Melle en Poitou. (Deux- Sévres. )

(2) Teifales, peuple barbare originaire de Scythie, cantonné en Gaule, dans le Poitou, au ve siècle, et qui a donné son nom à la ville de Tifauges, sur la Sèvre. .

(3) Ces paroisses étaient le château de Selle, et quelques autres pa- roisses, dont on avait formé comme un diocèse provisoire pour Austra- pius, eu attendant qu'il suecédát à Pientius; à sa mort, il était juste qu'elles fussent réunies à l'évéché dont elles avaient été distraites.

56 HISTORIA FRANCORUM , LIB. IV.

sanctus Dei Medardus episcopus, consummato boni (1) operis cursu, et plenus dierum , sanctitate præcipuus, diem obiit. Quem Chlothacharius rex cum summo ho- nore apud Suessionas civitatem sepelivit , et basilicam super eum fabricaye coepit; quam postea. Sigibertus filius ejus explevit, atque composuit. Ad cujus beatum sepulcrum vidimus (2) vinctorum compedes atque ca- tenas disruptas confractasque jacere; quæ usque hodie in testimonium virtutis ejus, ad ipsum beati sepul- crum reservantur. Sed ad superiora redeamus.

XX. Childebertus igitur rex ægrotare coepit , et cum diutissime apud Parisius lectulo decubasset, obiit : et ad basilicam beati Vincentii, quam ipse construxe- rat, est sepultus. Cujus regnum et thesauros Chlotha- charius rex accepit : Vultrogottham (5) vero et filias ejus duas, in exsilium posuit. Chramnus autem patri repræsentatur, sed postea infidelis exstitit. Cumque se cerneret evadere non posse, Britanniam petiit (4) : ibique cum Chonobro (5) Britannorum comite, ipse vel uxor ejus, ac filiæ latuerunt. Wilicharius autem so- cer ejus (6) ad basilicam sancti Martini confugit. Tunc

(1) [Clun., bonis operibus. Infra, Sessonas, et sic deinceps.]

(2) * Divinus, Reg. B.

(3) * Wulthroghatam, Reg. B; Vulthogothram, Cam.

(4) * Brittannias, Reg. B ; expetiit, Cam. ; Brittania petiit, Corb.

(5) Alii, Coonobro. Corb., Chonoo. Et sic in isto capite legitur bis, tam pro Chonober, quam pro Chonobro. Sed et supra in cap. 4, ejus- dem lib. iv, pro Chanaone legitur in. eodem Corb., Chonoone, quam- quam idem alias dicitur Chanao. [Dub., Chonoobry. Jess Chonoo- ber.] * Chonobrio, Reg. B; Chonoobro, Cam.

(6) Corb. et Bell., W'ilicharius autem sacerdos ad.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 57 évêque, d'une sainteté exemplaire, mourut après une vie remplie de jours et de bonnes œuvres. Le roi Clotaire le fit ensevelir en grande pompe dans la ville de Soissons, et commença la construction d’une basilique sur $on tom- beau, qui fut achevée et dotée par son fils Sigebert. Au tombeau de ce bienheureux, nous avons vu se rompre, se briser et tomber les fers et les chaînes de plusieurs captifs; et on les garde jusqu'à ce jour, auprès de son sépulcre, comme monument de sa puissance. Mais reve- nons aux faits précédens. ;

XX. Cependant le roi Childebert tomba malade, et aprés avoir gardé long-temps le lit, il mourut à Paris (1), et fut enterré dans la basilique de Saint-Vincent (2), qu'il avait construite lui- méme. Clotaire s'empara de son royaume et de ses trésors; quant à Ultrogothe et ses deux filles (3), il les envoya en exil. Chramne se repré- . senta devant son père, mais il viola encore sa foi; et se voyant sans ressource , il s'enfuit en Bretagne auprès du comte Chonobre (4), il resta caché avec-sa femme et ses filles; et Wilichaire, son beau-père, se réfugia dans la basilique de Saint-Martin. Alors cette basilique, en

(1) An 558.

(2) Qui fut depuis Saint-Germain-des-Prés.

($) Ultrogothe, sa veuve. Ses deux filles étaient, Chrotberge et Chrotsinde. (Ruin.) .

(4) Le ms. de Corbie le nomme Chonoo ; et au chap. 4, au lieu de Chanaone, il met Chonoone, quoique ailleurs il l'écrive Chanao : ce qui peut faire présumer que c'est le méme personnage. L'4rt de vérifier les Dates a adopté cette opinion : Canao, ou Conobre, y est-il dit. Ne trouverait-on pas plus de ressemblance entre Conobre et Chonomère, autre roi dont il est aussi question chap. 4? On sait qn'il y a de grands rapports pour la prononciation entre b et m.

58 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV. sancta basilica a peccatis populi ac ludibris qua in ea fiebant , per Wilicharium conjugemque ejus suc- censa est, quod non sine gravi suspirio (1) memora- us. Sed et civitas Turonica ante annum jam igni consumta fuerat, et tote ecclesiæ in eadem con- structæ, desertæ relictae sunt (2). Protinus beati Mar- tini basilica, ordinante Chlothachario rege, stanno (5) cooperta est, et in illa, ut prius fuerat, elegántia reparata. Tunc duæ acies locustarum apparuerunt, quee per Arvernum atque Lemovicinum (4) transeuntes, ut ferunt, Romaniacum campum venerunt, in quo, prelio (5) magno inter se acto , maxime sunt conlisæ. Chlothacharius autem rex, contra Chramnum fren- dens, cum exercitu adversus eum in Britanniam di- rigit. Sed nec ille contra patrem egredi timuit. Cum- que in uno campo conglobatus uterque resideret exercitus, et Chramnus cum Britannis contra patrem aciem instruxisset, incumbente nocte a bello cessa- tum est. Ea quoque nocte Chonober (6) comes Bri- tannorum dicit ad Chramnum : « Injustum censeo te « contra patrem tuum debere egredi. Permitte me hac « nocte, ut inruam super eum, ipsumque cun toto « exercitu prosternam. » Quod Chramnus, ut credo , virtute Dei præventus, fieri non permisit. Mane autem

(9) [Clun., suspicione.]

(2) * Desaratæ, Reg. B : relicte , deest ini Corb. et Cam.

(3) * Mb stagno, Corb., Reg. B ; Cam.

(4) * Corb., Lemajecinum ; Bell., Limovicinum. Ambo et Dub. et Cam., Romanicum campum. Reg. B, ut fecerunt.

(5) | Clun. ., pralium magnum inter se àctum.] " Magno, d. in Cam. ; prelium inter se actum, Corb., Reg. B.

(6) * Chonoober, Reg. B; Cam. : Pone: Corb., ut supra.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 59 punition des péchés du peuple et des impiétés qui s'y commettaient , fut brûlée par Wilichaire et son épouse, ce que nous ne rappelons qu'avec un profond soupir. Déjà la cité de Tours, moins d’un au auparavant, avait été consumée par le feu, et toutes les églises qu'elle renfer- mait étaient restées désertes. Aussitôt, la basilique de Saint-Martin , par les soins du roi Clotaire, fut couverte d'étain, et rétablie dans sa beauté première. Alors paru- rent deux armées de sauterelles, qui traversant, dit-on, l'Auvergne et le: Limosin, s'arrêtèrent sur la plaine de Romagnat (1), et là, se livrant un combat terrible, se détruisirent mutuellement. Cependant le.roi Clotaire, fu- rieux contre Chramne, s'avanca en Bretagne avec une armée pour le: combattre, et celui-ci ne craignit pas de marcher contre son père. Déjà les deux armées étaient en présence, concentrées dans une même plaine, et Chramne avec les Bretons avait rangé ses troupes en bataille contre son père, lorsque l’arrivée de la nuit suspendit le combat: Dans cette nuit, Chonobre, comte des Bretons, dit à Chramne : «Je. trouve injuste que tu marches contre « ton-père : laisse-moi , cette nuit méme , fondre sur lui, « et l'accabler avec toute son armée. » Mais Chramne aveuglé, comme je le crois, par la volonté divine, ne voulut point y consentir. Le matin, les deux princes mettent en mouvement leur armée, et s'empressent. de combattre l'un contre l'autre. Le roi Clotaire marchait comme un nouveau David, allant combattre son fils Ab- salon; il pleurait et s'écriait ; « Seigneur, regarde - moi « du haut du ciel, et juge ma cause, car je suis indigne- « ment outragé par mon fils. Vois, et juge-nous avéc équité;

(1) Village près de Clermont (Puy-de-Dôme).

60 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

facto, uterque commoto exercitu ad bellum contra se properant. Ibatque Chlothacharius rex tamquam no- vus David contra Absalonem filium pugnaturus , plan- gens atque dicens : « Respice, Domine, de coelo, et «judica causam meam, quia injuste a filio injurias « patior. Respice (1), et judica juste; illudque impone « judicium, quod quondam inter Absalonem et pa- « trem ejus David posuisti. » Confligentibus (2) igitur pariter, Britannorum comes terga vertit, ibique et cecidit. Denique Chramnus fugam iniit, naves in mari paratas habens : sed dum uxorem et filias suas liberare voluit, ab exercitu patris oppressus, captus atque ligatas est. Quod cum Chlothachario regi nuntiatum fuisset , jussit eum cum uxore et filiabus igni consumi : inclusique in tugurio cujusdam pauperculi (5), Chram- nus super scamnum extensus orario suggillatus est ; et sic postea super eos incensa casula, cum uxore et filiabus interiit.

XXI. Rex vero Chlothacharius anno quinquage- simo-primo (4) regni sui, cum multis muneribus li- mina beati Martini expetiit, et adveniens Turonis ad sepulcrum antedicti antistitis, cunctas actiones quas fortasse negligenter egerat replicans, et orans cum grandi gemitu, ut pro suis culpis beatus confessor Domini misericordiam exoraret , et ea qua inrationa-

(1) * Respice, d. in Cam. ; respice, Domine , Corb.

(2) * Corb., [Dub., Clun.] Reg. B, confligentes etenim pariter... Corb., Cam., ibique cecidit.

(5) Alii, ut Corb., inclusitque... [Clan., inclususque... pauperculæ.] * Reg. B, pauperculee.

(4) [Clun., quinquagesimo regni.]

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 61 «el que ton jugement soit celui que tu prononcas entre « Absalon et son pére David. » On combattit des deux cótés avec une ardeur égale; le comte des Bretons plia, et fut tué. Chramne prit la fuite : il avait sur la mer des vaisseaux tout préparés ; mais tandis qu'il voulait mettre en süreté sa femme et ses filles, il fut surpris par l'armée de son père, saisi et enchainé. Le roi Clotaire, à cette nouvelle, ordonna qu'il fût brülé avec sa femme et ses fille. On les enferma dans la cabane d'un pauvre, et Chramne étendu sur un banc fut étranglé avec un mou- choir. Ensuite on mit le feu à la cabane, et ainsi sa femme et ses filles périrent avec lui (1).

XXL Le roi Clotaire, la cinquante-uniéme année de son règne, vint pour visiter le séjour de Saint-Martin avec de grands présens : arrivé à Tours, il se rendit au tombeau du saint évêque, et là; repassant dans sa mé- moire toutes les fautes qu’il avait pu commettre par né- gligence, il suppliait , avec de profonds gémissemens, le bienheureux confesseur d'implorer pour ses péchés la miséricorde du Seigneur, et de lui obtenir par son inter- cession le pardon de ses erreurs. A son retour, la cinquante- uniéme année de son régne, tandis qu'il chassait dans la forêt de Cuise (2), il fut saisi de la fièvre, et ramené

(1) An 560. ( Chron. de Marius.) (2) La forêt de Compiègne.

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biliter commiserat, suo obtentu dilueret. Exin re- gressus (1), quinquagesimo-primo regni sui anno, dum in Cotia silva (2) venationem exerceret, a febre cor- ripitur , et exinde Compendium villam rediit : in qua . cum graviter vexaretur a febre, aiebat : « Wa! Quid « putatis, qualis. est ille rex coelestis, qui sic tam « magnos reges interficit? » In hoc enim tædio positus, spiritum exhalavit. Quem quatuor filii sui cum magno honore Suessionas deferentes, in basilica beati Me- dardi sepelierunt. Obiit autem post unum decurrentis anni diem, quo Chramnus fuerat interfectus.

XXII. Chilpericus vero post patris funera, thesau- ros , qui in villa Brinnaco (5) erant congregati , acce- pit, et ad Francos utiliores petiit, ipsosque muneribus mollitos sibi subdidit. Et mox Parisius ingreditur, sedemque Childeberti regis occupat : sed non diu hoc ei licuit possidere; nam conjunoti fratres ejus eum exinde repulere : et sic inter se hi quatuor, id est Cha- ribertus , Guntchramnus; Chilpericus , atque Sigiber- tus, divisionem legitimam faciunt : deditque sors Cha- riberto regnum Childeberti, sedemque habere Parisius : Guntchramno vero regnum Chlodomeris , ac tenere sedem Aurelianensem : Chilperico vero regnum Chlo- thacharii patris ejus, cathedramque Suessionas (4)

(1) * Exhinc regresso, Reg. B.

(2) * Corb., Dub., Reg. B, in Cotiam sylvam... et exinde Com- pendio villa ; Dub., inde; Cam., Gætiam sylvam.

(5) Alii, Brannaco. * Sic et Cam. [Clun., Brannacum.] * Corb. et Reg. B, Brinnacum.

(4) * Suessionis, Reg. B.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 63 dans sa maison de Compiègne. Cruellement tourmenté par la fièvre, il s'écriait : « Ah! que pensez-vous que « soit ce roi du ciel, qui tue ainsi les plus grands rois!» C'est dans ces tristes pensées qu'il rendit l'ame. Ses quatre fils, l'ayant fait transporter à Soissons en grande pompe, l'ensevelirent dans la basilique du bienheureux Médard. Or il mourut aprés un an d'intervalle, le méme jour que Chramne avait été tué (1).

XXII. Chilpéric, aprés les funérailles de son pére, s'empara des trésors qui étaient amassés dans la maison royale de Braine (2), s'aboucha avec les Francs les plus capables de le servir, et se les gagna par des présens. Bientót il entre dans Paris, et occupe le siége du roi Childebert : mais il ne put le posséder long-temps; car ses frères se réunirent pour l'en chasser; et alors les . quatre fréres, c'est-à-dire Charibert, Gontran, Chilpéric et Sigebert firent du royaume un partage légal : le sort donna à Charibert le royaume de Childebert, et Paris pour siége de sa puissance; à Gontran, le royaume de Clodomir, et Orléans pour capitale; à Chilpéric, le royaume de son pére Clotaire, avec sa capitale, Soissons;

(1) An 56:. C'est le sens généralement adopté; cependant la phrase latine semble dire : un an et un jour après le meurtre de Chramne. C'est l'opinion de plusieurs savans distingués.

(2) Braine-sur- Vesle, entre Soissohs et Reims. ( Aisne; arr. de Soissons.)

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habere : Sigiberto quoque regnum Theuderici, se- demque habere Remensem ( 1).

XXIII. Nam post mortem Chlothacharii regis Chuni (2) Gallias adpetunt; contra quos Sigibertus exercitum dirigit, et gesto (5) contra eos bello, vicit atque fugavit : sed postea rex eorum amicitias cum eodem per legatos meruit. Dum autem (4) cum eis turbatus esset Sigibertus , Chilpericus frater ejus Re- mis pervadit, et alias civitates , quæ ad eum pertine- bant, abstulit. Ex hoc enim inter eos, quod pejus est, bellum civile surrexit. Rediens autem Sigibertus victor a Chunis, Suessionas civitatem occupat , ibique inventum Theodobertum , Chilperici regis filium, ad- prehendit, et in exsilium transmittit. Accedens au- tem contra Chilpericum , bellum commovit : quo victo (5) atque fugato, civitates suas in suam domi- nationem restituit. Theodobertum vero filium illius , apud Ponticonem villam custodiri jussit per annum integrum ; quem postea , ut erat clemens, muneribus ditatum patri reddidit sanum : dato tamen sibi sacra- mento , ne umquam contra eum agere deberet : quod postea peccatis facientibus est inruptum.

(1) Sic omnes mss. et editi , excepto unico Chesnio, qui habet Met- tensem. Verum quidem est in cod. Colb. qui olim fuit monasterii S. Arnulfi Mettensis, hodie legi Mettensem ; sed id ab aliquo nebu- lone factum est, qui , detrito priori vocabulo, istud substituit.

(2) Alii, Hunni.

(5) [Clun., gestum contra eos bellum.] * Sic et Corb. et Reg. B.

(4) * Corb. et [Dub., dum autem cum eis esset , turbatus est Sigi- bertus.] Chilperici expeditionem refert ad an. 567. Valesius, lib, 1x, Rerum Franc., p. 11.

(5) [Clun., quem victum atque fugatum.] " Sed hactenus satis sit varietates casuum notare.

HISTOIRE DES FRANGS, LIV. IV. 65 à Sigebert , le royaume de Théodéric, et Reims pour y établir son séjour (1).

XXIIL Aprés la mort du roi Clotaire, les Huns atta- quérent les Gaules; Sigebert marcha contre eux avec une armée, leur fit la guerre, les vainquit et les mit en fuite : mais plus tard, leur roi, par ses ambassadeurs, obtint l'alliance de Sigebert. Tandis que ce prince était inquiété par cette guerre, son frére Chilpéric (2) envahit Reims, et lui enleva d'autres villes de son domaine. De surgit entre eux, ce qui est plus fâcheux encore, une guerre civile. Sigebert, revenu vainqueur des Huns, s'em- pare de Soissons, y trouve Théodebert , fils du roi Chil- péric, le prend, et l'envoie en exil. Puis, s'avancant contre Chilpéric, il lui livra bataille; et l'ayant vaincu et mis en fuite, il rentra en possession des villes qui étaient à lui. Quant à son fils Théodebert, il le fit garder pri- sonnier une année entiére dans'sa maison royale de Pontion (3); puis, comme il était clément, il le ren- voya à son père, sans aucun mal, et avec de riches présens; mais il lui avait fait promettre par serment de ne ja- mais rien entreprendre contre lui. Engagement qui fut violé par le jeune prince à cause de ses péchés.

(1) Voyez Éclairciss. et observ. ( Note o.) (2) Valois, liv. x de son histoire, rapporte cette expédition de Chilpéric à l'an 567. (3) Ponthion,, ancienne. maison royale, aujourd'hui village, sur POr- nain, prés de Vitry-le-Brülé, en Pertois. (Marne, arr. de Vitry.) I. 5

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XXIV. Cum autem Guntchramnus rex regni par- tem, sicut fratres sui, obtinuisset, amoto Ágroe- cula (1) patricio, Celsum patriciatus honore donavit, virum proeerum statu, in scapulis validum, lacerto robustum, in verbis tumidum , in responsis opportu- num , juris lectione peritum : cui tanta deinceps ha- bendi cupiditas exstitit, ut sepius ecclesiarum res auferens, suis ditionibus subjugaret. Nam cum audisset quadam vice Esaiæ prophete lectionem in ecclesia legi (2), in qua ait : his qui jungunt (5) domum ad domum , et agrum ad agrum copulant usque ad terminum loci, exclamasse fertur : « Incongrue « hoc : mihi et filiis meis! » Sed reliquit filium, qui absque liberis functus, maximam partem facul- tatis ecclesiis , quas pater exspoliaverat , dereliquit.

XXV. Guntchramnus autem rex bonus (4) primo Venerandam , cujusdam suorum ancillam , pro concu- bina thoro subjunxit, de qua Gundobadum filium suscepit. Postea vero Marcatrudem (5), filiam Ma- gnarii, in matrimonium accepit. Gundobadum (6) vero fillum suum Aurelianis transmisit. /Emula autem Marcatrudis, post habitum filium, in hujus mortem

(1) Sic Bell. et Bec. cum edit. at Corb., Regm. et Colb., Agricola. * Sic Reg. B. [Dub. Agræcola.] * Sic Cam.

(2) * Corb., legere.

(3) * Conjungunt, Corb., Reg. B.

(4) * Bonus, d. in Reg. B.

(5) Colb. et [ Clun.] Mercatrudem. "Sic et Reg. B. De Ma- gnario, seu Magnachario, infra, lib. v, cap. 17. [Dub., filiam Mangneharii. ]

(6) Regm., Gundebaudum ; Colb. et Reg. B, Gundebadum; Alii, Gundebaldum.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 67 XXIV. Le roi Gontran ayant obtenu , comme ses fréres, sa portion de royaume, destitua Agrécula le Patrice (1), et donna sa dignité à Celsus, homme de haute stature, aux épaules larges, au bras vigoureux, fier dans son lan- gage, toujours prêt à répliquer, habile dans la connais- sance du droit, Par la suite, son avidité pour s'enrichir fut telle qu'il enlevait souvent les biens des églises pour ajouter à ses possessions. Un jour, ayant entendu lire à l'église une leçon d'Isaie , ce prophète s'exprime ainsi : Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison et joi- gnent une terre à une terre jusqu'à ce que l'espace leur manque (2). ll s'écria, dit-on : «Ces mots sont bien « inconvenans : malheur à moi et à mes fils!» Du reste il laissa un fils, qui, mourant sans enfans, légua la plus grande partie de son bien aux églises que son pére avait dépouillées. |

XXY. Le bon roi Gontran prit d'abord pour concu- bine Vénérande, servante d’un de ses hommes, et en eut un fils nommé Gondebaud. Ensuite il épousa Mar- catrude fille de Mágnacaire : puis il envoya son fils Gon- debaud à Orléans. Mais Marcatrude ,, jalouse de cet enfant, quand elle fut elle-même mère d'un fils, projeta de le faire périr, et pour cet effet lui fit, dit-on, passer du poison dans un breuvage. L'enfant étant mort , elle-

(1) La diguité de Patrice , dans le royaume de Gontran venait des rois Bourguignons, qui l'avaient reçue des empereurs, et se plaisaient à en porter le titre. Sous les rois francs, ce titre fut donné au premier officier qui gouvernait ces provinces, au nom du roi. Il semble par ce passage et d'autres encore (chap. xui), qu'il n'y avait qu'un Patrice dans tout le royaume de Bourgogne. Son autorité pourrait alors sc comparer à celle des Maires du Palais.

(2) Isaie; v. 8.

68 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

grassatur (1) : et transmissum, ut aiunt, venenum in potum, occidit (2). Quo mortuo, ipsa judicio Dei filium suum quem habebat perdidit, et odium regis incurrit , dimissaque ab eodem , non multo post tem- pore mortua est. Post quam rex (3) Austrechildem (4), cognomento Bobylam, accepit, de qua iterum duos filios habuit, quorum senior Chlotharius, junior Chlodomeris dicebatur.

XXVI. Porro Charibertus (5) rex Ingobergam ac- cepit uxorem, de qua filiam habuit, quz postea in Cantiam (6), virum accipiens, est deducta. Habebat tunc temporis Ingoberga in servitium suum duas puellas pauperis cujusdam filias , quarum prima voca- batur Marcovefa (7), religiosam vestem habens : alia vero Merofledis; in quarum amore rex valde detine- batur : erant enim, ut diximus (8), artificis lanarii filie. Æmula ex hoc Ingoberga , quod a rege dilige- rentur, patrem earum secretius operari fecit, futu- rum ut dum hec rex cerneret, odio filias ejus haberet :

(1) Que sequuntur usque ad hzc verba capitis sequentis, Æractis a Leontio episcopo , desunt in Bec., Colb., Regm. * Et in Reg. B.

(2) Sic Corb. et Bell. pro transmisso... veneno. Ed. in potum ei dari curavit. [Dub., in potum ei dicavit. Clun., in potu ædificavit : mendose.] * Ædificavit, Cam.

(3) * Rer, d. in Cam.

(4) Sic Corb. Alii, Austrigildem. [Clun., Austrigildem.... Bobiam.| Apud Chesn., cognomento Bobilanam. Bell., Bobillam. [Ita Dub.]

(5) Corb. et Bell., mendose Sigibertus : alii, Haribertus.

(6) Prisci editores habebant Zngantia, quasi nomen mulieris, et quidem ex vetustissimis codicibus. Corb. habet /nganthia : Bell., Inganthiam.

(7) Bell., Marocovefa. * Corb., Marchovefa.— Infra, Mereflidis, Cam.

(8)Sic omnes mss. et editi, præter Chesn., qui habet, ut dicebatur.

HISTOIRE DES FRANGS, LIV. IV. 69 méme, par le jugement de Dieu, perdit son fils, encourut la haine du roi, qui la renvoya; et mourut peu après. Le roi épousa ensuite Austrechilde surnommée Bobyla, dont il eut deux fils : l'ainé se nommait Clotaire; le plus jeune, Clodomir.

XXVI. Le roi Charibert prit pour femme Ingobergé, dont il eut une fille (1) qui plus tard, en prenant un mari, fut emmenée dans le royaume de Kent. Ingoberge avait alors à son service deux jeunes personnes, filles d'un pauvre artisan : l'une, nommée Marcoviève, portait l'habit religieux; la seconde s'appelait Mérofléde; et le roi en était éperdument amoureux : or, elles étaient filles, comme nous l'avons dit (2), d'un ouvrier en laine. Ingoberge, ja- louse de l'affection qu'elles inspiraient au roi, fit travailler leur père dans son intérieur, espérant que le roi, en le voyant, prendrait ses filles en aversion ; et tandis qu'il était à l'ouvrage, elle appela le roi. Celui-ci , espérant voir quel- que chose de curieux, regarde, et l'apercoit de loin travail- lant aux laines pour le service du palais. A cette vue, irrité, il délaissa Ingoberge et prit Méroflède. Il eut encore une

(1) C'est Aldeberge ou Berthe, qui, mariée à Éthelbert, roi de Kent, travailla à le convertir au christianisme ainsi que tout son peuple. Il en est encore question plus. bas, liv. rx, chap. 26. Voyez en outre, Beda, liv. ix, chap. 25, Guillaume de Malmesbury et les autres chroniqueurs d'Angleterre.

(2) 11 a dit seulement qu'elles étaient filles d'un homme pauvre : pour lui, artificis lanarii, et pauperis, auront paru à peu près syno- nymes.

*

70 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

quo operante vocavit regem. Ille autem sperans ali- quid novi videre , adspicit hune eminus lanas (1) re- gias componentem : quod videns, commotus in ira, reliquit Ingobergam , et Merofledem accepit. Habuit et aliam puellam opilionis, id est pastoris ovium (2), filiam , nomine Theudechildém, de qua et fertur filium habuisse, qui ut processit ex alvo, protinus delatus est ad sepulcrum. Hujus regis tempore, apud urbem Sanctonicam Leontius, congregatis provincie suæ episcopis, Emerium ab episcopatu depulit, adserens non canonice eum füisse hoc honore donatum. De- cretum enim regis Chlothacharii habuerat , ut absque metropolitani-(5) consilio benediceretur, qui non erat præsens. Quo ejecto, consensum fecere in Heraclium, tune Burdegalensis urbis presbyterum; quod regi Cha- riberto subscriptum propriis manibus, per nuncu- patum presbyterum transmiserunt. Qui veniens Tu- ronis , rem gestam beato Eufronio pandit, deprecans ut hoe consensum subscribere dignaretur; quod vir Dei manifeste respuit. Igitur postquam presbyter Pa- risiäcæ urbis portas ingressus regis praesentiam adiit , heec effatus est : « Salve, rex gloriose. Sedes enim « apostolica eminentie tus salutem mittit uberri- «am. » Cui ille : « Numquid, ait, romanam (4)

L

(1) Sic Corb. et Bell. Editi plerique, lascias.

(2) Hac verba, id est pastoris ovium, desiderantur in editis : sant autem in codd. Corb., Bellov., Palatino. [Dub. et Clun.] Hzc vero in Bell. dicitur Teudegildis. Regm., Teotigildis. Ed. Theudegildis, seu Teodegildis. (In Dub., Theodogildis ; in Clun., T'heodigildis, et infra, Theotigildis.] —— * Theudogildem. Cam.

(5) * Metropolis, Cam.

(4) Sic Bell. [Dub. et Clun.] * Corb., tu Romanam, inde ceteri cum

HISTOIRE. DES FRANCS, LIV. IV. 71 autre jeune fille, nommée Theudéchilde, dont le pere était » berger, c'est-à-dire gardeur de brebis, et en eut, dit-on, m. fils, qui, au sortir du sein de la mère, fut porté de suite au tombeau. .

Au temps de ce roi, Léonce (1 mes réuni à Saintes les évêques de sa province, dégrada Émère de l'épiscopat, sous prétexte qu'il n'avait pas été régulièrement revêtu de cet honneur, En effet, il avait obtenu un décret du roi Clotaire pour être ordonné sans le consentement du métropolitain, qui était absent, Quand ils l'eurent rejeté, ils firent un accord (2) en faveur d'Héraclius, alors prêtre de Bordeaux; et aprés l'avoir signé de leurs propres mains, ils le transmirent au roi Charibert par le prêtre en question. Celui-ci, arrivé à Tours, fit connaitre au bienheureux Eufrone tout ce qui s'était passé, en le priant de daigner signer cet accord : mais l'homme de Dieu s'y refusa net- tement. Lors donc que le prêtre fut entré dans Paris, il se présenta devant le roi, et lui dit : « Salut, roi glo- « rieux. Le siége apostolique envoie à ton éminence le «salut le plus abondant.» « Eh quoi! reprit le roi, « viens-tu de Rome, pour nous apporter le salut du pape « de cette ville (3)?»—« C'est le père Léonce, votre

(1) Évéque de Bordeaux, métropolitain de la seconde Aquitaine , . dont Saintes était un évéché suffragant. Ce concile de Saintes est de 562, selon Pagi et D. Labat; de 566, selon Baronius; de 564, selon d’autres. Léonce et Émére ont été loués ensemble par Fortunat , liv. 1, 12. Le premier est honoré comme un saint à Bordeaux, le 15 novembre. Il ne faut pas le confondre avee un autre Léonce plus ancien, également évéque de Bordeaux, et loué aussi par Fortunat, liv. 1v, 9. ( Ruin.) ]

(2) Voyez chap. xv. (Note sur ce mot.)

(3) Cette demande dii roi, à propos de l'expression sedes aposto- lica, prouve que si ce titre était commun: à tous les évêques, il de

72 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

« adisti urbem, ut papæ illius nobis salutem deferas? « Pater, inquit presbyter, tuus Léontius cum pro- « vincialibus suis salutem tibi mittit, indicans Æmu- « lum (1), » (sic enim vocitare consueverant Eme- rium in infantia sua ) « ejectum ab episcopatu pro eo « quod, praetermissa canonum sanctione, urbis Sanc- « tonicæ episcopatum ambivit. Ideoque consensum ad « te direxerunt, ut alius in loco ejus substituatur : « quo fiat, ut dum transgressores canonum regulariter « arguuntur , regni vestri potentia ævis prolixioribus « propagetur. » Hæc eo dicente, frendens rex eum a suis conspectibus extrahi jussit, et plaustro spinis oppleto imponi desuper , et in exsilium protrudi præ- cepit, dicens : « Putasne quod non est super quisquam « de filiis Chlothacharii regis, qui patris facta custo- « diat, quod hi episcopum , quem ejus voluntas ele- « git, absque nostro judicio projecerunt? » Et statim directis viris religiosis , episcopum in loco restituit , dirigens etiam quosdam de camerariis suis, qui exactis a (2) Leontio episcopo mille aureis, reliquos juxta possibilitatem condemnarent episcopos : et sic princi- pis (3) est ultus injuriam. Post (4) hec Marcovefam , Merofledis (5) scilicet sororem , conjugio copulavit. Pro qua causa a sancto Germano episcopo excommn-

ed., T'uronicam. Infra pro pater... tuus, éd. cum Bec., patris... tui. [Ita Dub.] * Et Corb. -

(1) * Corb. [et Clun., Cymulum, forte pro Simulum.]

(2) 4, d. in Corb. et Beg. B.... infra iidem habent, condemnavit.

(5) Sic mss. Ed. vero habent, patris. Corb., Regm. [et Clun.] Principis est ulta injuria. * Sic Reg. B et Cam. [Dub., et sic pressa est atque ulta injuria.]

(4) * Charibertus vero rex post h. Reg. B.

(5) Aliquot mss. et ed. mendose, Marcovei dote

HISTOIRE. DES FRANCS, LIV. IV. 73

« sujet, dit le prétre, .qui, réuni aux évéques de sa pro- vince, vous envoie le salut; il vous donne avis qu'Émule » 'est ainsi qu'ils avaient. pris l'habitude de nommer Émère dans son enfance) «a été rejeté de l’épiscopat, « parce qu'au mépris des formes canoniques, il a obtenu, « par intrigue , l'évéché de Saintes. Or ils vous ont en-

voyé l'acte de leur accord pour qu'un autre soit mis à

« sa place ; afin qu'en condamnant régulièrement les trans- « gresseurs des canons, la puissance de votre royauté se pro- « page dans une longue suite de siècles. » Il parlait encore, que le roi furieux le fit jeter hors de sa présence , et ordonna qu'il fût placé sur un chariot rempli d'épines , et trainé en exil, en disant : « Crois-tu donc qu'il ne reste plus « un seul des fils de Clotaire qui veuille maintenir les actes « de son pére, pour que ces évéques rejettent, sans nous « consulter, celui que sa volonté avait choisi? » Aussitôt il envoya des hommes de religion pour réintégrer l'évéque, et quelques uns de ses chambriers, qui devaient, aprés avoir exigé de l'évêque Léonce mille pièces d'or, punir les autres évêques selon leurs moyens. Et c'est ainsi qu'il punit l'outrage fait au roi.

Ensuite Charibert épousa Mi vibe; sœur de Méro- fléde. Pour ce motif, ils furent tous deux excommuniés par l’évêque saint Germain. Mais comme le roi refusait de s'en séparer, elle mourut frappée par le jugement de Dieu. Peu après le roi Charibert, lui-même, décéda (1).

venait cependant dés lors plus particulier à l’évêque de Rome. Le, titre de Pape ne lui appartint exclusivement qu'à dater de Grégoire VII. (1) An 567. Fortunat a fait l'éloge de Charibert (vi, 4), en quoi il ne s'accorde pas avec notre auteur, qui ne parle que de ses défauts. Mais Fortunat a loué tout le monde. Dans la pièce suivante il parle

74 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

micatus uterque est. Sed cum eam rex relinquere

nollet, percussa judicio Dei obiit. Nec multo post eb. ipse rex post eam decessit Charibertus (1 1): cujus post

obitum Theudechildis, una regmarum ejus, nuntios

ad Guntchramnum regem dirigit , se ultro offerens

matrimonio ejus. Quibus rex hoc reddidit in responsis :

« Accedere ad me ei non pigeat cum thesauris suis (2).

« Ego enim accipiam eam, faciamque magnam. in

« populis, ut scilicet majore mecum honore quam

« cum germano meo, qui nuper defunctus est, potia-

« tur. » At illa gavisa, collectis omnibus , ad eum pro-

fecta est. Quod cernens rex ait : « Rectius est enim ,

«ut hi thesauri penes me habeantur, quam post . « hanc, quæ indigne germani mei thorum adivit. » "Tunc ablatis multis, paucis relictis, Arelatensi eam monasterio destinavit. Hæc vero ægre adquiescens je- juniis ac vigiliis adfici , per occultos nuntios Gotthum quemdam advocat (5), promittens quod si se in His- panias deductam conjugio copularet, cum thesauris suis de monasterio egrediens, libenti eum animo se- queretur. Quod ille, nihil dubitans , repromisit. Cum- que hzc collectis rebus, factisque voluclis (4), a coenobio pararet egredi, anticipavit voluntatem ejus industria abbatisse : deprehensaque fraude, eam gra- viter casam custodie mancipare precepit, in qua usque ad exitum vitæ presentis, non mediocribus adtrita passionibus , perduravit.

(1) * Charibertus, d. in Corb., Reg. J et Cam. Infra, 7'heo- degildis, Reg. B. à

(2) * Hujus cap. finis, seq. integr. et subseq. initium usque ad hac verba : condignam sibi, desunt in Reg. D.

(3) Alii, * Quos inter Corb., adivit. | Ita Dub. et Clun.] * Et Cam.

(4) AL, volucris. [Ita Dub. et Clun.| * Et Cam.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 75 Aprés sa mort, Theudéchilde, une de ses femmes, en- moya des messagers à Gontran, se proposant à lui pour épouse. Le roi lui fit répondre : « Qu'elle ne craigne « pas de venir à moi avec ses trésors; je la recevrai, je « la ferai grande aux yeux des peuples, et elle sera. plus « en honneur auprès de moi qu'avec défent mon frère. » Celle-ci, joyeuse, réunit tout ce qu'elle possédait, et partit. pour aller le trouver. A cette vue, le roi dit : «ll vaut mieux que ces trésors soient en mon pouvoir, « qu'à la disposition de cette femme, qui n’était pas digne « du lit de mon frére. » Et lui enlevant une grande partie ses richesses, 11 lui laissa peu de chose, et l'envoya dans un monastère d'Arles. Celle-ci, souffrant avec peine les jeünes et les veilles qui l'aecablaient , fit, par des mes- sages secrets, des propositions à un Goth, lui promettant que, s’il s'engageait à la conduire en Espagne et à l'épouser, elle sortirait du monastère avec ses trésors, et le suivrait volontiers. Celui-ci lui promit tout sans hésiter. Déjà elle avait rassemblé ses effets, apprété ses valises; et se pré- parait à sortir de la commawanté, lorsque l'activité de labbesse prévint ses projets, et- découvrit son manége. Aprés-une rude correction, elle la fit garder dans une prison elle resta, jusqu'à la fin de sa vie, soumise à de sévères châtimens.

d'une Théodechilde, reine de France; mais les savans pensent que c’est une autre que l'épouse de Charibert. (Extrait de Ruinart. )

76 HISTORIA FRANCORUM , LIB. IV.

XXVII. Porro Sigibertus rex, cum videret quod fratres ejus indignas sibimet uxores acciperent, et pen, vilitatem suam etiam ancillas in matrimonium socia- rent, legationem in Hispaniam mittit, et cum multis muneribus Brunichildem (1) Athanagildi regis filiam petiit. Erat enim puella elegans opere, venusta ad- spectu, honesta moribus atque decora, prudens consilio, et blanda conloquio. Quam pater ejus non denegans , cum magnis thesauris antedicto regi transmisit. llle vero, congregatis senioribus secum, præparatis epulis, cum immensa letitia atque jocunditate eam accepit uxorem. Et quia arianz legi subjecta erat, per præ- dicationem sacerdotum, atque ipsius regis commoni- tionem (2) conversa, beatam in unitate confessa Tri- nitatem credidit, atque chrismata est, que in nomine Christi catholica perseverat (5).

XXVIII. Quod videns Chilpericus rex, cum jam plures haberet uxores, sororem ejus Galsuintham (4) expetiit , promittens per legatos se alias relicturum ; tantum condignam sibi, regisque (5) prolem mere-

(1) [Dub., Adtanagildi.] * Corb., Brunechildem.

(2) Sic Colb. [Dub. et Clun.] Editi habent, commotionem. Bad., communionem.

(3) Sic Corb., Bec. et Bell., et recte quidem : nam scribente Gre- gorio adhuc in vivis erat, que anno 614, discerpta fuit. Editi , per- severavit. [Ita Clun.] Colb., permansit.

(4) Corb., Bell. et Freh. al., Galsuendam, et infra , nam Galsuenda ætate seniore a Brunechilde erat. [Ita Dub. nisi quod habet, se- nior a Brunicilde. Clun., senior a Brunichilde.] " Sic et Corb. Reg. B Galswindanea,... a Brunihilde.

(5) * Regis, Corb.; regiamque, Reg. B.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 77 XXVII. Le roi Sigebert (1); voyant ses fréres choisir des épouses indignes de leur rang; et s'abaisser méme jusqu'à s'unir en mariage à des servantes, envoya une ambassade en Espagne, avec de riches présens, pour de- mander Brunehaut (2), fille du roi Athanagilde. C'était une jeune fille d'une tournure élégante, d'un aspect gra- cieux ; honnéte et distinguée dans ses manières, sage par le conseil, aimable dans la conversation. Son père accueillit la demande, et l'envoya au roi Sigebert avec de grands trésors. Celui-ci, ayant réuni les seigneurs de son royaume, et préparé de grands festins, la reçut pour épouse au milieu des fétes et de l'allégresse universelle. Elle était soumise à la croyance arienne; mais des prédications d'évéques, et les avertissemens du roi lui-même l'eurent bientót convertie; elle crut, et confessa la bienheureuse "Trinité réunie en un seul Dieu; elle recut l'onction sainte (3), et, devenue catholique, elle persévére encore aujourd'hui dans la foi du Christ.

XXVIII A cette vue (4), Chilpéric, quoiqu'il ‘eût déjà plusieurs femmes, demanda sa sœur Galsuinthe, promettant, par ses ambassadeurs , qu'il abandonnerait les autres ; mais qu'on voulüt bien lui accorder une épouse digne de lui, une fille de roi. Athanagilde, acceptant ces

(1) An 566.

(2) Par analogie avec d'autres noms du méme genre, il faudrait dire Brunechilde ; mais nous nous sommes fait une loi d'employer les dénominations ordinairement en usage : Clovis, Clotilde, Brunchaut, Clermont , etc.

(3) C'est-à-dire, fut baptisée. Ce mot pourrait aussi s'entendre de la confirmation, que l'on recevait alors immédiatement aprés le ba téme. 3

(4) Au 567.

78 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

retur accipere. Pater vero ejus has promissiones aeci- piens filiam suam, similiter sicut anteriorem, ipsi cum magnis opibus destinavit. Nam Galsuintha ætate senior quam Brunichildis erat. Quae cum ad Chilperi- cum regem venisset, cum grandi honore suscepta , ejusque est sociala conjugio : a quo etiam magno amore diligebatur. Detulerat enim secum magnos the- sauros, Sed per amorem Fredegundis , quam prius ha- buerat, ortum est inter eos grande scandalum. Jam enim in lege catholica conversa fuerat , et chrismata. Cumque se regi quereretur assidue injurias perferre (1), diceretque nullam se dignitatem cum eodem habere , petiit ut, relictis thesauris, quos secum detulerat, li- beram (2) redire permitteret ad patriam. Quod ille per ingenia dissimulans , verbis eam lenibus demulsit. Ad extremum eam (5) suggillari jussit a puero, mor- tuamque reperit in strato. Post cujus obitum Deus virtutem magnam ostendit. Lychnus (4) enim ille, qui fune suspensus coram sepulcro ejus ardebat , nullo tan- gente, fune disrupto in pavimentum conruit : et fugiente ante eum duritia pavimenti, tamquam in aliquod : molle elementum descendit, atque medius (5) est suffos- sus, nec omnino contritus : quod non sine grandi (6) miraculo videntibus fuit. Rex autem cum eam mor- tuam deflesset, post paucos dies Fredegundem recepit

(1) * Perferri, Reg. B.

(2) * Corb. [Dub. et Clun., libera redire permitteretur.] Sic et Reg. Z.

(3) * Enim suggilare, Corb., Reg. B. .

(4) * Licinus, Reg. B.

(5) [Dub., medius est suffusus.] * Sic et Cam.

(6) Alii cum edit., magno. " Sic Reg. B.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 79 promesses, lui envoya sa fille comme la précédente, éga- lement.avec de grandes richesses. Galsuinthe était l'ainée de Brunehaut. Arrivée auprès de Chilpéric , elle fut reçue avec grand honneur, et jointe à lui par le mariage : elle en recevait méme de grandes marques d'amour; car elle avait apporté avec elle de grands trésors. Mais l'ameur de Frédégonde, une des premières femmes de Chilpéric, occasiona entre eux de violens débats. Déjà Galsuinthe avait été convertie à la foi catholique et baptisée. Comme elle se plaignait au roi d'étre continuellement outragée, et de ne pas partager avec lui la dignité de son rang, elle lui demanda, pour prix des trésors qu'elle avait apportés et qu'elle lui abandonnait, de la renvoyer libre dans son pays. Celui-ci , dissimulant par artifice, l'apaisa avec des paroles caressantes. Enfin il la fit étranglér par,un es- clave, et la trouva morte dans son lit. Aprés sa mort, Dieu fit connaitre sa vertu d'une maniére éclatante. En effet , une lampe suspendue par une corde brülait devant son tombeau ; la corde s'étant rompue sans que personne y touchát, la lampe tomba sur le pavé; et le pavé per- dant sa dureté, elle descendit comme dans une matière molle, et s'enterra à demi, sans se briser: ce qui parut un grand miracle à tous les assistans. Quand le roi eut

' pleuré sa mort, il épousa Frédégonde, aprés un inter- valle de peu de jours. Aprés une telle action, ses fréres, imputant à ses ordres secrets la mort de la reine, le re- jettent du tróne. Chilpéric avait alors trois fils d'Audo- vère, sa première épouse : Théodebert, dont nous avons parlé plus haut (1), Mérovée et Clovis. Mais revenons à notre sujet.

(1) Voyez chap. 25.

80 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

in matrimonio. Post quod factum , reputantes ejus (1) fratres, quod sua emissione antedicta regina fuerit interfecta, eum de regno dejiciunt. Habebat autem tunc Chilpericus tres filios de Audovera priore regina sua : id est Theodobertum (2), cujus supra memini- mus, Merovechum atque Chlodovechum. Sed ad coepta redeamus.

XXIX. Chuni vero iterum in Gallias venire cona- bantur : adversus quos Sigibertus cum exercitu dirigit, habens secum magnam multitudinem virorum for- tium. Cumque confligere deberent, isti magicis ar- tibus instructi, diversas eis fantasias ostendunt , et eos valde superant. Fugiente autem exercitu Sigiberti , ipse inclusus à Chunis retinebatur , nisi postea, ut erat elegans et versutus, quos non potuit superare virtute prælii, superavit arte donandi. Nam datis muneribus foedus cum rege iniit, ut omnibus diebus vite sue nulla inter se prælia commoverent : idque ei magis ad laudem , quam ad aliquod pertinere opprobrium justa ratione pensatur. Sed et rex Chunorum multa mu- nera regi Sigiberto dedit : vocabatur autem Gaga- nus (5). Omnes enim reges gentis illius hoc appellan- tur nomine.

XXX. Sigibertus vero rex, Arelatensem urbem ca-

(1) Bell., ei. [Dub., reputantes ei fratres, quod sua immissione.] —* Hac verba : post quod..... regina, desunt in Reg. B;— infra, a regno ejiciunt, Reg. B.

(2) * T'eotberctum.... Hludovechum, Reg. B. Idem postea : nunc ad.... Infra, Huni.

(3) Sic Bec. cum editis aliquot. Regm., Garganus; alii, Chaganus aut Caganus. * Enim Caganus, Reg. B; enim Gaganus, Corb.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 81

XXIX. Cependant les Huns faisaient de nouveaux ef- forts pour pénétrer en Gaule (1). Sigebert marcha contre eux avec une armée composée d'un grand nombre de braves ; mais au lieu de combattre, leurs ennemis, instruits dans la magie, leur firent apparaitre des formes fantas- tiques, et eurent sur eux un grand avantage. Sigebert, abandonné de son armée en fuite, fut pris par les Huns, et serait resté leur prisonnier, si plus tard, gráce à ses ma- nières aimables et adroites, il n'eüt subjugué par sa mu- nificence ceux qu'il n'avait pu vaincre par les armes dans un combat. En effet il s’attacha leur roi par des présens, et conclut avec lui une alliance, sous la condition que jamais, leur vie durant, ils ne prendraient les armes l'un contre l'autre; et cet événement est-regardé, à juste titre, comme plus glorieux que déshonorant pour Sigebert. De son cóté, le roi des Huns lui fit beaucoup de présens. Il s'appelait Gagan (2), ce qui est le nom de tous les rois

de ce peuple.

XXX. Le roi Sigebert, voulant s'emparer de la ville

(1) An 566. ( Ruin.) .

(2) L'auteur. semble avoir pris le nom de la dignité pour un nom d'homme. Celui qu'il appelle Jto/ des Huns , était dans leur langue un Chagan , ou un Khan.

i". 6

82 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

pere cupiens, Arvernos commoveri precepit. Erat enim tunc Firminus comes urbis illius, qui cum ipsis in capite abiit. Sed et de alia parte Audovarius (1) cum exercitu advenit , ingressique urbem Arelaten- sem, sacramenta pro parte Sigiberti regis exegerunt. Quod cum Guntchramnus rex comperisset, Celsum patricium cum exercitu illuc dirigit; qui abiens Aven- nicam urbem abstulit, Accedens autem Arelatem , et vallans eam, impugnare exercitum Sigiberti, qui in- fra muros continebatur, coepit. Tunc Sabaudus epi- scopus dixit ad eos : « Egredimini foras, et inite cer- « tamen , quia non poteritis sub murorum conclusione « degentes , neque nos, neque urbis istius subjecta « defendere. Quod si vos Deo propitio illos devinci- « tis, nos fidem quam promisimus custodiemus : si « vero illi contra vos invaluerint, ecce reseratas repe- « rietis portas; ingredimini ne pereatis. » Hoc illi dolo delusi, egressi foras, bellum parant. Sed superati ab exercitu Celsi , fugam ineunt (2), venientesque ad urbem portas reperiunt obseratas (5). Cumque exer- . citus à tergo jaculis feriretur (4), operireturque lapi- dibus ab urbanis, ad amnem Rhodanum dirigunt ,. ibique parmis superpositi, ulteriorem ripam expetunt. Sed multos ex his violentia amnis direptos enecavit , fecitque Rhodanus tunc Arvernis, quod fecisse quon- dam Simois (5) legitur de Trojanis.

(1) Sic vet. mss. Regm. [et Clun.,] Ædovagrius. Editi, 4doua- rius, aut Kudouarius. * Eudovarius, Reg. B.

(2) [Quz sequuntur usque ad caput 51, desunt in Clun.] * Zniunt, Reg. J. Supra, ingrediemini ne per... Reg. B.

(3) Qua sequuntur usque fere ad finem cap. 58, desunt in Regm.

(4) Aliquot mss. cum ed., foderetur. * Sic Reg. B et Cam.

(5) * Corb , [Dub.] Reg. £, Simoes.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 83 d'Arles, fit marcher contre elle les Arvernes ; et Firmin, alors comte de cette cité, partit à leur téte. D'une autre part, Audovaire survint avec une armée, et étant entrés dans la ville d'Arles, ils en exigérent des sermens de fidélité pour le compte du roi Sigebert. Le roi Gontran, à cette nouvelle, y envoie avec une armée le patrice Celsus, qui s'empara en route de la ville d'Avignon. Arrivé prés d'Arles, il én forma le siége, et commença d'attaquer l'armée de Sigebert, qui était renfermée dans l'enceinte des murs. Alors l’évêque Sabaudus dit à ceux-ci : «Sortez, «combattez; vous ne pourrez , en restant enfermés dans ces murs, nous défendre, nous et tout ce qui est soumis « à cette ville. Si par la protection de Dieu vous étes vain- « queurs, nous vous garderons la foi jurée; si vos. ennemis «sont les plus forts, vous trouverez les portes ouvertes. « Entrez-y pour ne pas périr.» Trompés par cette ruse, ils sortent pour combattre; mais, vaincus par l'armée de Celsus, ils prennent la fuite, et se dirigent vers la ville, ' dont ils trouvent les portes fermées. Frappés par les jave- lots de l'armée qui les poursuivait , accablés par les pierres des habitans de la yille, ils se dirigent vers le Rhóne, et là, se faisant des nacelles de leurs boucliers, ils chérchent à gagner l'autre rive. Mais plusieurs périrent eimportés par la violence du fleuve, et le Rhóne fut pour les Arvernes ce que le Simois avait été pour les Troyens , comme il est dit en ces vers :

84 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

NERO Ie TU ME : . . Correpta sub undis Scuta virum, galeasque (1), et fortia corpora volvit... Apparent rari nantes in gurgite vasto.

Qui vix natandi (2), ut diximus , impulsu, parma- rumque adjuti adminiculo , litoris alterius plana con- tingere potuerunt. Qui nudati à rebus, ab equiti- bus (5) destituti , non sine grandi contumelia patriae restituti sunt. Firmino tamen (4) et Audovario disce- dendi via indulta est. Multi ibi tunc viri ex Arvernis, non solum torrentis impetu rapti , verum etiam gla- diorum ictibus sunt prostrati. At sic Guntchramnus rex recepta urbe illa, juxta consuetudinem bonitatis sue ;, Avennicam ditionibus fratris (5) sui restituit.

XXXI. Igitur in Galliis magnum prodigium (6) de Taureduno castro apparuit, quod super Rhodanum fluvium in monte collocatum erat. Qui cum per dies amplius sexaginta nescio quem mugitum daret, tan- dem scissus atque separatus mons ille ab alio monte sibi propinquo, cum bominibus (7), ecclesiis, opi- busque ac domibus in fluvium ruit, exclusoque (8)

(1) * Scuta virorum Galliasque, Reg. B; cetera desunt. In Corb., natantes.

(2) * Fix nandi, Reg. B et postea, ulterius.

(5) * Alii, equis [ita Dub.].

(4) Editi quidam, Firmino tantum. * Tantum Adovario… in- duta, Reg..B ; infra Corb. et Bellov., magni ibi tunc viri. " Sic et Reg. B.

(5) Sic mss. omnes : plerique tamen editi habent patris.

(6) [Cod. Clun., de Tauredune castro apparuit : super Rhodanum enim fluvium collocatum erat. Dub., super Rhotanum enim fluvium collocatum erat.] —" In monte, d. in Corb. et Reg. 2.

(7) * Omnibus ovibus, Reg. B. .

(8) [ Clun., exclusaque.... littora.] " Sic Corb., Reg. Z et Cam.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 85 * Il roule sous ses ondes les casques des guerriers, leurs bou- « cliers, et leurs corps généreux... Quelques hommes appä- « raissent nageant au milieu du vaste abime (1). » Ainsi, malgré leurs efforts pour fendre les eaux, malgré le soutien que leur prétaient leurs boucliers, ils ne purent qu'avec peine atteindre à la plaine de la rive opposée; et dépouillés de tout, privés de chevaux, ils rentrèrent dans leur patrie couverts de honte. On laissa cependant à Firmin et à Audovaire la liberté de se retirer. En cette occasion, beaucoup d'Arvernes périrent, non seulement entrainés par le courant , mais percés par le glaive. Ayant ainsi repris cette ville, Gontran , toujours fidéle à son ca- ractére de bonté, rendit Avignon à son frére.

XXXI. En Gaule, un grand: prodige eut lieu au fort de Tauredunum (2), situé sur une montagne qui dominait

(1) Virg. JEn., 1, 104, 105 et 122. Mais on sait que, dans le dernier vers, il est question d'un naufrage en pleine mer.

(2) Labbe croit le fort Z'auredunum placé vers l'endroit est à présent la perte du Rhóne, cinq lieues au-dessous de Geneve. D'aprés la chronique de Marius d'Avenches, qui assigne à ce fait l'an 565, il semblerait que l'accident-eut lieu au-dessus de Genève, et agrandit ainsi le lac Léman jusqu'à cette ville. Voici son texte : « Mons validus « Tauretunensis, in territorio Vallensi, ita subito ruit, ut castrum cui « vicinus erat, et vicos, cum omnibus ibidem babitantibus oppres- « sisset; et lacum in longitudine sx millium et latitudine xx millium, « ita totam movit, ut egressus utraque ripa, vicos antiquissimos.... « vastasset.... et pontem Genavacum, molinas et homines per vim « dejecit, et Genava civitate ingressus plures homines interfecit. » Ainsi, selon cet auteur, la montagne est dans le Valais; elle tombe dans le lac qui se déborde, et inonde Genéve. Le récit de Grégoire de Tours parait conforme à cette interprétation. Au contraire, si l'on suppose que l'événement eut lieu au-dessous de la ville, alors ce sont les eaux du Rhône qui, resserrées par les niontagnes de ses deux rives, se gonflent, remontent jusqu'à Genève, et l'inondent en se mêlant aux eaux du lac, qui, lui-méme, se déborde par suite de ce refoulement extraordinaire. Mais, outre qu'aucun mot dans notre auteur n'indiquc

86 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

amnis illius litore, aqua retrorsum petiit. Locus ete- nim ille ab utraque parte a montibus conclusus erat, inter quorum angustias torrens defluit (1). Inundans ergo superiorem partem, que ripe insidebant (2) operuit atque delevit. Adcumulata enim aqua (5) erum- pens deorsum , inopinatos reperiens homines, ut de- super fecerat, ipsos enecavit, domos evertit , jumenta delevit, et quæ cuncta litoribus illis insidebant, usque ad Jenubam (4) civitatem, violenta atque subita inun- datione diripuit atque subvertit. Traditur a multis tantam congeriem inibi aquæ fuisse, ut in antedictam civitatem super muros ingrederetur. Quod dubium non est, quia, ut diximus, Rhodanus in locis illis inter angustias montium defluit, nec habuit in latere, cum fuit exclusus , quo se diverteret (5). Commotum- que montem qui descenderat adsemel erupit, et. sic cuncta delevit. Quod cum factum fuisset, triginta monachi, unde castrum ruerat , advenerunt, et terrám illam , que monte diruente remanserat , fodientes, ees sive ferrum reperiunt. Quod dum agerent , mugitum montis, ut prius fuerat , audierunt. Sed dum a seva cupiditate retinentur, pars illa quae nondum (6) rue- rat, super eos cecidit, quos operuit atque interfecit , nec ultra inventi sunt, Similiter et ante cladem At-

*

(1) * Parte.... defluit, desunt in Reg. Z.

(2) * Sic plerique editi, et cod. Corb. Ruin., habebat insidebat.

(3) * Mddcumulans.:. atque, Reg. B ; Accomula, Corb.

(4) Sic Bell. Editi plerique cum Bec., Jonabam; Colb., | Dub.] et Chesn., Genuam. * Ita Reg. J. Corb. Jenuvam. [Clun., januam civi- tatis, mendose.]

(9) * Ferteret, Reg. B; deverteret, Corb.

(6) * Non deruerat, Corb. Qua mundi rucrat... nec ultra inventos, Reg. Z.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 87

de Rhône. Après avoir fait entendre pendant plus de soixante jours une espèce de mugissement, cette montagne se dé- tachant et se séparant d'un autre mont contigu, avec les hommes, les églises, les terres et les maisons qui la cou- vraient, se précipita dans le fleuve, et, lui barrant le passage entre ses rives qu’elle obstruait, refoula ses eaux en arrière; car en cet endroit le terrain, fermé de part et d'autre par des montagnes, ne laisse qu'un étroit défilé par s'échappe le torrent. Alors le fleuve, inondant la partie supérieure de son cours, couvrit et dévasta tout ce qui était sur ses rives. Puis cette masse d’eau, se pré- cipitant dans la partie inférieure, surprit les habitans comme elle avait fait plus haut, les tua, renversa les mai- sons, détruisit les animaux, et le long des rivages jusqu'à Genéve emporta et entraina tout par la violence de cette inondation subite. Plusieurs racontent que les eaux s'amoncelérent au point d'entrer dans cette ville par- dessus les murs. Ce qui est croyable, parce que, comme nous l'avons dit, le Rhóne en cet endroit coule resserré entre deux montagnes; et qu'arrété dans son cours, il ne trouva pas sur ses rives d'ouverture pour écouler ses

que les eaux amoncelées vont toujours en remóntant jusqu'à Genève, n'est-ce pas placer l'accident un peu trop loin pour produire un pareil effet, que de le supposer à cinq lieues au-dessous? D'ailleurs, avant de dire que Genève est submergée, l'auteur a dit que les eaux comprimées par l'obstacle et s'élevant sans cesse, ont enfin débordé par-dessus la montagne. Dès lors elles ne peuvent plus remonter, puisqu'elles ont trouvé un écoulement. On peut donc croire que eette partie du Rhône était au-dessus de Genève, et au sortir du lac. Il faudrait trouver dans les monumens antérieurs à cette époque, la preuve que Geneve était à quelque distance du Léman. La Table de Peutinger l'en place assez loin, il est vrai; mais elle ne peut faire autorité pour les positions topographiques; elle ne s'occupe que: des routes , et des distances des villes entre elles.

'

88 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

vernam , magna regionem illam prodigia terruerunt: Nam plerumque tres aut quatuor splendores magni circa solem apparuerunt, quos (1) rustici soles voca- bant, dicentes : « Ecce tres vel quatuor soles in coelo. » Quadam tamen vice in calendis octobribus (2), ita sol obscuratus apparuit , ut nec quarta quidem pars in eodem lucens remaneret , sed teter atque decolor ap- parens, quasi saccus videbatur. Nam et stella, quam quidam cometem vocant, radium tamquam gladium habens, super regionem illam per annum integrum apparuit, et coelum ardere visum est, et multa alia signa apparuere. In ecclesia vero Arverna , dum ma- tutinæ celebrarentur vigiliæ in quadam festivitate , avis corydalus (3), quam alaudam vocamus , ingressa, omnia luminaria que lucebant, alis superpositis in tanta velocitate exstinxit, ut putares ea in unius ho- minis manu posita , aqua fuisse submersa; in sacrario autem sub velo transiens, cicindelum (4) exstinguere voluit; sed ab ostiariis prohibita, atque occisa est. Simile et in basilica beati Andreæ de lychnis lucenti- bus avis alia fecit. Jam vero adveniente ipsa clade, tanta strages de populo illo (5) facta est per totam re- gionem illam, ut nec numerari possit quantæ ibidem ceciderint legiones. Nam cum jam sarcofagi (6) aut tabulæ defecissent , decem aut eo amplius in una humi

(1) * Quod, Corb., Reg. B.

(2) * Octobris, Reg. B.

(3) Corb. et Bec., Coredallus. | Ita Dub. et Clun.] * Et Cam., Colb., Coradallus. Sic et Reg. B; idem, Alodam.

(4) Sic Corb. et Bell.; alii et plerique editi, cicindelem. " Sic Reg. B. [Clun., cecindelim.]

(5) * Illo, d. in Corb. et Reg. Z.

(6) * Sarcofaga , Cam.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 89

eaux. Puis, quand il eut une fois débordé par-dessus la montagne abattue, il submergea tout le pays. Aprés cet événement, trente moines vinrent au lieu s'était écroulé le fort, et, en fouillant la terre qui était restée aprés la chute de la montagne, ils y trouvèrent de l'airain.et du fer. Tandis qu'ils étaient occupés à ce travail, ils enten- dirent la montagne mugir comme elle avait fait aupa- ravant ; mais ils furent retenus par un excès d'avarice, et la partie restée intacte tomba sur eux, les engloutit, les tua, et les fit disparaitre pour toujours. De méme, avant calamité qui affligea l'Auvergne, de grands prodiges ef- frayérent cette contrée. Souvent on vit autour du soleil trois ou quatre météores lumineux que les paysans appe- laient des soleils, en disant : « Voilà trois ou quatre soleils « au ciel. » Une fois, aux calendes d'octobre, le soleil se montra tellement obscurci , qu'il n'en restait pas le quart ‘de lumineux; mais sombre et décoloré, il ressemblait à un sac de poil (1). Une étoile, que quelques personnes appellent cométe, et qui avait un rayon semblable à une épée, se montra une année entière au-dessus de ce pays; le ciel parut tout en feu, et on vit plusieurs autres pro- diges. Dans l’église même de la ville, tandis qu'on chan- tait matines un jour de féte, un de ces oiseaux huppés, que nous nommons alouette, y étant entré, éteignit avec ses ailes toutes les lumiéres, si promptement qu'on les aurait crues placées dans la main d'un seul homme et plongées dans l'eau toutes à la fois. Puis, pénétrant dans le sanctuaire par-dessous le voile, elle voulut en éteindre la lampe (2); mais elle en fut empéchée par les

(1) Expression de l' Apocalypse, v1, 14. Saccus cilicinus. (2) Le mot cicindelus est expliqué dans le chap. 56.

90 HISTORIA FRANCORUM. LIB. IV.

fossa sepeliebantur. Numerata (1) sunt autem quadam dominica in una beati Petri basilica trecenta defunc- torum corpora : erat enim et ipsa mors subita. Nam nascente in inguine aut in ascella vulnere in modum serpentis , ita inficiebantur homines illi (2) a veneno, ut die altera aut tertia spiritum exhalarent. Sed et sensum vis illa veneni auferebat ab homine. Tunc et Cato presbyter mortuus est. Nam cum de hac lue multi fugissent (5), ille tamen populum sepeliens, et missas dicens viritim (4), numquam ab eo loco dis- cessit. Hic autem presbyter multæ humanitatis, et satis dilector pauperum fuit : et credo, hec causa ei, si quid superbi; habuit, medicamentum fuit. Cautinus autem episcopus, cum diversa loca, hanc cladem ti- mens, circumisset , ad civitatem regressus est; et hanc incurrens, parasceve (5) passionis dominicae obiit. Nam ipsa hora et Tetradius (6) consobrinus ejus mor- tuus est, Tunc et Lugdunum, Biturix , Cavillonum (7) atque Divionum ab hac infirmitate valde depopulata sunt.

(1) * Numerati, Corb., Cam., Reg. Z. Pro trecenta, Reg. 2, habet'ac, quasi ex abbréviatione ria c.

(2) Sic Bell. at Bec. cum plerisque edit., ita inficiebatur homo ille. Corb. ,et alii, interficiebatur. [Ita Dub. et Clun. paulo post, cxhalaret.] * Sic Cam. Reg. Z, autem sic habet; i/a ut iriterficiebantur homines illi a v. u. d. a et tertia s. exalarent : infra, Capto presb.

(5) * De- hac clade m. fugissent, Corb. et Bell.; de hac luce... fuissent, Reg. B. :

. (4) Corb., Bell., Colb. et aliquot editi viriliter, quod idem hic sonat. [Dub., virilitim.]

(5) * H«c inc...., Corb., Reg. B. Parasceven , iidem.

. (6) * Thetradius, Corb. Tegradius, Cam. Infra, Ludonum, Bi- torex, Cavillorum, Divinione, Reg. B. Corb. hab., Bitorex.

' (7) Sic mss. cum Chesn. plerique edit., Cavallonum. [Clan., Ca- valonus atquc Divion.| Bad., Cabilo.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 91 portiers (1), et enfin tuée. Dans la basilique de Saint- André, un autre oiseau, se jetant sur les lampes allumées, en fit tout autant. Et quand survint enfin la calamité, la mortalité fut si grande parmi le peuple de cette contrée, qu'on ne saurait compter combien de légions d'hommes il y périt. Comme on manquait déjà de cercueils et de planches, on enterrait dix personnes, et méme plus, dans la méme fosse. Un dimanche, on compta, dans la seule basilique de Saint-Pierre, trois cents corps de personnes défuntes. Or la mort était subite. Il naissait à l'aine ou à l'aisselle une plaie semblable à un serpent , et le venin empoisonnait si promptement les malades, que le second ou le troisième jour ils rendaient l’âme. En outre, la force du poison ótait le sentiment. Alors mourut le prétre Caton. Plusieurs s'étaient enfuis par crainte de la peste, mais lui ensevelissait les morts, disait une messe pour chaque victime, et ne voulut jamais quitter son poste. Ce prêtre était fort humain et charitable pour les pauvres; et s'il eut quelque orgueil, cette mort, je crois, put lui servir d'expiation. Quant à l'évéque Cautin, aprés avoir, par crainte de la* maladie, erré en divers lieux, il rentra dans la ville; et frappé à l'instant, il mourut le vendredi saint. À la méme heure, mourut Tétradius son cousin. Alors Lyon, Bourges, Chälon, Dijon, furent cruellement ravagés par cette peste.

(1) Portiers, le moindre des quatre ordres mineurs, qui sont : acolyte, lecteur, exorciste, portier.

92 HISTORIA FRANCORUM, LIB. 1V.

XXXII. Erat (1) tunc temporis apud Randanense monasterium civitatis Arvernicæ presbyter praeclarae virtutis, Julianus nomine, vir magnæ abstinentiæ , qui neque vinum neque ullum pulmentum utebatur , cilicio omni tempore sub tunicam habens, in vigiliis primus (2), in oratione assiduus; cui inergumenos curare, cæcos illuminare, vel reliquas infirmitates de- pellere per invocationem Dominici nominis, et signa- culum. sanctæ crucis facile erat. Idem cum stando pedes ab humore haberet infectos, et ei diceretur, cur contra possibilitatem corporis semper staret , di- cere cum joco spirituali erat solitus : « Faciunt opus « meum, dum et vita comes est , nec me eorum susten- « tatio, Domino jubente, relinquit (5). » Nam vidimus eum quadam vice in basilica beati Juliani martyris inergumenum verbo tantum curasse : quartanariis et aliis febribus sepe per orationem remedia conferebat. Qui sub hoc tempore luis, dierum atque virtutum plenus ex hoc mundo est adsumtus in requie.

XXXIII. Transiit (4) tunc et abbas monasterii ip-

(1) Hoc caput et quinque sequentia desunt in edit. et in mss. quam- vis in capitum indice in mss. Beccensi.et Regiomontensi et in editione per Judocum Badium procurata indicentur. [Desunt quoque in Cod. Dub,] * Et in Codd. Reg. Z et Cam. In vet. editis et scriptis post cap. 41 aut. 42, habetur cap. 47. Hzc autem habemus ex mss. cod. sacri monasterii Casinensis, ab annis 700 exarato. Et quidem stylus et modi loquendi , casuum mutationes , sicut et ea quz complectuntur, Gregôrii nostri genium sapiunt ; Vitam santi Nicetii a se ipso scriptam laudat cáp. 56.

(2) [ Clun., in wigilüs promtus.]

(5) [Clun., relinquet.]

: (4) [Deest hoc caput in cod. Clun.]

HISTOIRE DES FRANCS, LIV, IV. 93 XXXII. Il existait alors au monastère de Randan (1), en Auvergne, un prêtre célèbre par sa vertu, nommé Julien , d'une telle abstinence qu'il ne faisait usage que de pain et d'eau; couvert en tout temps d'un cilice sous sa tunique ; le premier à l'office de la nuit; et toujours en priére. Guérir les possédés, rendre la lumiére aux aveu- gles, et chasser les autres infirmités par l'invocation du nom du Seigneur et le signe de la croix, était pour lui chose facile. Comme il se tenait debout malgré un abcés qui. lui rongeait les pieds, et qu’on lui demandait pour- quoi il restait toujours debout quand la faiblesse de son corps s'y refusait, il répondait en plaisantant dans un sens spirituel : «Ils font mon ouvrage tant que la vie est « avec moi, et leur appui ne me manque pas, car Dieu le « veut ainsi. » Nous le vimes une fois dans la basilique de Saint-Julien martyr, guérir un possédé avec un seul mot. Souvent par la prière il apportait remède à des fièvres quartes ou d'une autre nature. En ce temps de peste, il fut enlevé de ee monde, plein de jours et de vertus, pour reposer en paix.

XXXIII. Alors mourut aussi l'abbé de ce même monas- tére;il eut pour successeur Sunniulfe, hommesimple autant que charitable; car souvent il lavait lui-même les pieds de ses hôtes , et les essuyait de ses mains. Il n'avait qu'un défaut, c'était à force de supplications et non par la crainte qu'il dirigeait le troupeau qui lui était confié. Il racontait souvent que, dans une vision , il avait été conduit auprés d'un fleuve de feu venait se plonger une foule de gens

(1) Randans est maintenant une petite ville d'Auvergne. (Puy-de- Dôme, arr. Riom.)

94 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

sius , cui Sunniulfus (1) successit , vir totius simplici- tatis et caritatis. Nam plerumque hospitum pedes ipse abluebat , manibusque i ipse tergebat : unum tantum, quod gregem commissum non timore, sed supplica- tione regebat. Ipse quoque referre erat solitus, duc- tum se per visum ad quoddam flumen igneum, in quo ab una parte litoris concurrentes populi ceu apes ad alvearia mergebantur; et erant alii usque ad cingu- lum, alii vero usque ad ascellas , nonnulli usque men- tum, clamantes cum fletu se vehementer. aduri. Erat enim et pons (2) super fluvium positus ita angustus, ut vix unius vestigii latitudinem recipere posset. Ap- parebat autem et in alia parte litoris domus magna extrinsecus dealbata. Tunc iis qui cum eo erant, quid sibi hec velint interrogat. At illi dixerunt : « De hoc « enim ponte przecipitabitur , qui ad distringendum « commissum gregem fuerit repertus ignavus; qui vero « strenuus fuerit, sine periculo transit, et inducitur « laetus in domum quam conspicis ultra. » Hzc au- diens a somno excutitur, multo deinceps monachis severior apparens.

XXXIV. Quid etiam apud quoddam monasterium eo tempore actum sit, pandam : nómen autem mo- nachi (5) , quia superest, nominari nolo , ne cum hac scripta ad eum pervenerint , vanam incurrens gloriam reviliscat. Quidam juvenis, ad monasterium veniens ,

(1) Bad. in titulo, de Symnulpho abbate. Regm. et Bec., de Som- niulfo abbate.

(2) * Ruin., fons, manifesto, seu ipsiüs, seu mss. Casinensis errore.

(3) In capitulorum indice, in mss. et in Bad. legitur, de Bürdega- lensi monacho.

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. AV. 95 accourant de l'une des rives, comme des abeilles vers leur ruche ; les uns étaient enfoncés jusqu'à la ceinture, d'autres jusqu'aux aisselles, quelques uns jusqu'au men- ton, tous criant avec douleur qu'ils étaient cruellement brülés. Or il y avait sur le fleuve un pont si étroit qu'un pied pouvait à peine y tenir dans sa largeur. Sur l'autre rive se montrait une grande maison blanchie par dehors. Suuniulfe demande à ceux qui l'accompagnaient ce que tout cela signifiait ; ils lui répondirent : « Il sera précipité « de ce pont, quiconque aura été trouvé faible dans la « conduite de son troupeau; mais l'homme ferme passe « sans danger, et est introduit joyeux dans la maison que «tu vois à l'autre bord.» En entendant ces mots il se réveilla, et dans la suite il se montra beaucoup plus sévére à l'égard de ses moines.

XXXIV. Je dirai aussi ce qui arriva dans un monastére vers la méme époque. Quant au nom du moine, comme il vit encore, je le tairai de peur qu'en lisant cet écrit il ne concoive un sentiment de vanité qui diminuerait son niérite. Un jeune homme vint au monastére, et se recom- manda à l'abbé pour vivre dans le service de Dieu. L'abbé lui fit plusieurs objections : que la discipline de l'endroit était sévère, et qu'il ne pourrait remplir ses devoirs dans toute leur étendue. Le jeune homme promit, au nom du Seigneur, de les remplir tous; ainsi il fut reçu par l'abbé. |

96 HISTORIA FRANCORUM , LIB. IV.

abbati se commendavit, ut in Dei servitio degeret; Cni ille cum multa objiceret, dicens durum esse sert vitium illius loci, nec omnino tanta possit implere quanta ei injungebantur; se omnia impleturum in nomine Domini pollicetur. Sicque .collectus est ab abbate. Factum est autem post paucos dies, dum in humilitate atque sanctitate se in omnibus exhiberet , ut expellentes monachi de horrea annonas, quasi coros tres , ad solem siccare ponerent, quas huic custodire præcipiunt. Cum autem reficientibus aliis ; hic ad cus- todiam resideret annone , subito nubilatum est coe- lum, et ecce imber validus cum rumore venti festinus ad annone congeriem appropinquabat. Quod cernens monachus quid agere (1), quid facere nesciebat, Trac- tans autem , quod si ceteros vocaret , præ multitudine hoc recondere (2) in horrea non valerent, cuncta postposita , ad orationem convertitur, Dominum de- precans, ne super triticum illud imbris illius gutta - descenderet. Quod cum se terre dejiciens exoraret , divisa est, nubes, et circa annonam pluvia valde dif- fusa est, nullum granum. tritici (5), si dici fas est, humectans. Cumque reliqui monachi cum abbate heec consentientes (4), velociter ut annonam colligerent advenissent, cernunt hoc miraculum , requirentesque custodem , inveniuntque haud procul arenæ dejectum orántem. Quod videns abbas , se post eum posternit , et pertranseunte pluvia , consummata oratione vocat

(1) [Clun., quid ageret, quid faceret.]

(2) [Idem , recondere ante pluviam in |

(3) [In cod. Clun. desunt, nullum granum tritici, si dici fas est, humectans.] ;

(4) [Clun., Acc sentientes:]

jS SMS, LIV. IV. 97 .

modèle d'humilité et de sainteté , il tre ee moin irant lés du grenier, en mirent environ

*, le ciel tout à coup se couvrit de nuages; à)

> pluie, accompagnée d'un vent bruyant, s'ap- 10 cette vue le moine ne savait plus

: mais réfléchissant que s'il

e il re et supplie Dieu de ne faire tomber sur le blé aucune goütte de cette pluie. Tandis qu'il priait ainsi, prosterné à terre, la nuée se divisa, et une pluie abondante tomba tout autour du monceau sans qu'aucun grain, pour ainsi dire, füt seulement mouillé. Cependant les autres moines , avec l'abbé , comprenant le péril, accouraient en grande háte pour mettre le blé à l'abri : ils sont témoins du miracle, et s'étant mis à la recherche du gardien, ils le trouvent prés de là, prosterné dans le sable et en priére. A eette vue l'abbé s'incline derrière lui; et quand la pluie fut passée ; sa prière finie, il lui ordonne de se relever, puis le fait saisir et frapper de verges, en disant : « Il faut, mon fils, t'élever humble- « ment. dans la crainte et le service du Seigneur, et ne « pas te glorifier par des miracles et des vertus (2); » et

(1) Le corus contenait trente modius, et le modius de froment pou- vait valoir, du temps de Charlemagne, environ cinquante-six litres. (B. G.)

(2) Il faut entendre ici par vertus, une espèce de puissance surna- turelle; comme il a dit plusieurs fois, la vertu de saint Martin.

IL, 7

98 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

ut surgeret : quem adprehensum verberibus agi prze- cepit, dicens : « Oportet enim te, fili, in timore et « servitio Dei humiliter crescere; non prodigiis atque « virtutibus gloriari : » reclusumque in cellulam sep- tem dies, eum sicut culpabilem jejunare præcepit, quo ab eo vanam gloriam, ne ei aliquod impedimen- lum generaret, averteret, Nunc autem idem mona- chus, ut a fidelibus viris cognovimus, in tanta absti- nentia est devotus, ut diebus quadragesimae nullum alimentum panis accipiat, nisi tantum die tertia ple- num calice (1) thisinæ hauriat. Quem Dominus oran- tibus, usque vitae consummationem , ut sibi placeat, custodire dignetur.

XXXV. Defuncto igitur, ut diximus, apud Arver- num Cautino episcopo , plerique intendebant propter episcopatum, offerentes multa , plurima promittentes. Nam Eufrasius presbyter, filius quondam senatoris Ennodi (2), susceptas à Judæis species magnas, regi per cognatum suum Beregesilum misit, ut scilicet quod meritis obtinere non poterat, præmiis obtine- ret. Erat quidem elegans in conversatione , sed non erat castus in opere; et plerumque inebriabat bar- baros, sed raro reficiebat egenos. Et credo haec causa obstitit, ut non obtirieret, quia non per Deum, sed per homines adipisci voluit hos honores. Sed nec illud potuit immutari, quod Dominus per os sancti Quin- tiani locutus est : « Quia non surgit (5) de stirpe Hor-

(1) [Clun., calicem thissinc... orantibus vobis.]

(2) Savaro legit, Euvodi. Sic pro Ævodi scriptam hoc nomen passim in veteribus codd. occurrit. [Clun., Fovodi... Beregiselum.]

(5) [In. cod. Clun., non surget... Hortensii.]

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 99 il. le. tint enfermé dans sa cellule pendant sept jours, le condamnant à jeüner comme un coupable, pour éloigner de lui tout sentiment de vaine gloire capable de mettre obstacle à sa perfection. Aujourd'hui ce méme moine, comme nous l'ont appris quelques fidèles, a poussé l'absti- nence à un tel point, que dans le caréme il ne mange pas méme de pain, et boit seulement tous les trois jours une coupe pleine de tisane. Daigne le Seigneur, nous l'en prions, le conserver dans cet état de sainteté jusqu'à la fin de sa vie!

XXXV. L'évéque Cautin étant donc mort à Clermont, comme nous l'avons dit, il se présenta un grand nombre de prétendans à l'épiscopat ; offrant beaucoup, promettant plus encore. Le prêtre Eufrasius, fils du feu sénateur Ennodius, se procura chez des Juifs beaucoup d'objets précieux, et les envoya au roi par son parent Bérégésile , espérant obtenir par des présens ce qu'il ne pouvait at- ‘tendre de son mérite. Il était aimable dans ses manières, mais peu réservé dans ses actions; souvent il enivrait des Barbares , mais rarement secourait les indigens; et ce qui l'empécha, je crois , de réussir, c'est qu'il voulut étre redevable de cet honneur aux hommes plutót qu'à Dieu. D'ailleurs, elle ne pouvait étre changée, cette parole que Dieu prononça par la bouche de saint Quintien : « De « la race d'Hortensius (1) il.ne sort personne pour régir « l’église de Dieu.» Les clercs s'étant donc réunis dans l'église de Clermont, Avitus, archidiacre, après avoir

(1) Malédiction prononcée par saint Quintien contre Hortensius et sa maison , parce qu'il n'avait pas voulu lui accorder la grâce d'un de ses parens. ( Vit. Patrum, cap. 4.)

100 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

« tinzi, qui regat ecclesiam Dei. » Congregatis igitur Avitus archidiaconus clericis in ecclesia Arverna multa (1) quidem promisit, sed tamen, accepto con- sensu, ad regem petiit; voluitque ei tunc Firminus(2), qui in hac civitate comes positus fuerat, impedire : sed ipse non abiit. Amici autem ejus, qui in hac causa directi fuerant, rogabant regem, ut saltem una Domi- nica præteriret, ut hic non benediceretur ; quod si propalaretur, mille. aureos regi darent : sed rex his non annuit. Factum est ergo ut congregatis in unum civibus Arvernis, beatus Avitus, qui tunc temporis, ut diximus, erat archidiaconus, a clero et populo electus cathedram pontificatus acciperet : quem rex in tanto honore (5) dilexit, ut parumper rigorem cano- nicum præteriens, in sua eum præsentia benedici juberet, dicens : « Merear de manu ejus eulogia (4) « accipere. » Hæc enim in gratia fecit, ut apud Metten- sem urbem benediceretur. Idem, accepto episcopatu, magnum se hominibus praebuit, justitiam populis tri- buens, pauperibus opem , viduis solatium, pupillisque maximum adjumentum. Jam si peregrinus ad eum advenerit, ita diligitur, ut in eodem se habere et patrem recognoscat et patriam : qui cum magnis vir- tutibus floreat, ét omnia qua Deo sunt placita ex toto corde custodiat, iniquam in omnibus exstirpans . luxuriam, justam Dei (5) inserit castitatem.

(1) Legendum putat Ruin., nulla.

(2) [Clun., voluitque tunc Firminus, qui... comitatum potitus fuerat. Deest, ei.]

(5) [Clun., amore dilexit.]

(4) [Clun., eulogias.]

(5) [In cod. Clun. deest, Dei.]

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. IV. 101 fait, à la vérité, beaucoup. de promesses, fut élu, et muüni de leur accord se rendit auprès du roi. Firmin, qui était alors comte de cette cité, voulut y mettre obstacle, mais il ne partit pas lui-méme : des amis, qu'il avait en- voyés dans cette intention , suppliaient le roi de laisser passer au moins un dimanche avant le sacre d'Avitus; s'ils obtenaient ce délai, ils promettaient au roi mille sous d'or (1) , mais le roi ne voulut rien accorder. Ainsi, dans une réunion des citoyens de l'Auvergne, le bienheureux Avitus , alors archidiacre, comme je l'ai dit, fut élu par le clergé et le peuple à la chaire de pontife; et le roi eut pour lui tant d'estime et d'affection que, s'écartant un peu de la rigueur canonique, il voulut qu'il füt sacré en sa présence, en disant : « Je veux mériter de recevoir de sa « main le pain de bénédiction (2); » et il lui accorda la faveur d’être sacré à Metz. Ce méme Avitus , aprés avoir recu l'épiscopat , se montra.toujours grand aux yeux des hommes, juste envers les peuples; il fut le bienfaiteur des pauvres , le consolatéur des veuves , le plus ferme appui des orphelins. S'il recoit un étranger, il lui témoigne tant d'affection qu'il lui fait retrouver en lui-méme un pére et une patrie. Ainsi distingué. par de grandes vertus, il observe de tout son cœur les commandemens de Dieu ; et combattant dans tous les hommes le goût des plaisirs criminels, y substitue la chasteté que Dieu nous enseigne.

(x) Remarquez que l'on essaie de corrompre le roi par l'appát de l'or comme un simple particulier. Cela avait donc lieu souvent, c'était le vice général.

(2) Eulogiés peut signifier : 1*. le sacrement de l'Eucharistie; 2°. les pains dont on prenait une portion pour la consécration ; 5*. des pains bénits, que les évéques et les prétres se donnaient réciproquement , et par suite, lés pains benits distribués au peuple, etc. Voyez le Glos- saire de Ducange.

102 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

XXXVI. Decedente vero apud Parisius, post syno- dum illam qua Saffaracum expulit, Sacerdote Lug- dunensi episcopo, sanctus Nicetius ab ipso, sicut in libro vitae ejus scripsimus, electus suscepit episcopa- tum, vir totius sanctitatis egregius, castæ conversa- tionis. Caritatem vero, quam apostolus cum omnibus, si possibile esset, observare (1) precepit, hic possi- biliter ita in cunctis exercuit, ut in ejus pectore ipse Dominus, qui est vera caritas, cerneretur. Nam etsi commotus contra aliquem pro negligentia fuit, ita protinus emendatum recepit, tanquam si non fuisset offensus. Erat enim castigator delinquentium, poeni- tentiumque remissor, eleemosynarius atque strenuus in labore : ecclesias erigere, domos componere , serere agros, vineas pastinare diligentissime studebat. Sed non eum he res ab oratione turbabant. Hic, viginti duobus annis sacerdotio ministrato, migravit ad Do-

minum : qui nunc magna miracula ad suum tumulum

exgrantibus prestat. Nam de oleo cicindeli (2), qui ad ipsum. sepulcrum quotidie accenditur, cæcorum oculis lumen reddidit, demones de obsessis corpori- bus fugat, contractis membris restituit sanitatem , et omnibus infirmis: magnum in hoc tempore habetur presidium. Igitur Priscus episcopus, qui ei successe- rat, cum conjuge sua Susanna coepit persequi ac in- terficere multos his, quos vir Dei familiares habue- rat, non culpa aliqua victos, non in crimine com- probatos, non furto deprehensos, tantum inflammante malitia invidus, cur ei fideles fuissent. Declamabat

(1) [Clun., observari.] (2) [Clun., cicindelis.... lumen reddit.]

|

HISTOIRE DES FRANGS, LIV. IV. 103 .XXXVL Sacerdos, évêque de Lyon, étant mort à is aprés le synode fut dégradé Saffaracus (1), saint et, choisi par lui, comme nous l'avons écrit dans le de sa vie (2), fut élevé à l'épisco omme re- -commandable par la sainteté et la chasteté de ses mœurs. Quant à la charité que l'Apótre ordonne d'observer en-

vers tous , s'il est possible, il l'exerca selon son pouvoir à l'égard de tous, si ardemment, que l'on voyait dans son cœur le Seigneur lui-même, qui est la vraie charité. S'il était ému contre quelqu'un pour sa négligence, il le recevait en grâce aussitôt après la faute réparée, comme Sil n'y avait pas eu d'offense; car sil punissait les fautes, il pardonnait au repentir. Large en aumónes , actif au travail, il s'occupait avec ardeur à ériger des * églises, à construire des maisons, à ensemencer des champs , à planter des vignes; mais tous ces soins ne le détournaient pas de la prière: Aprés vingt-deux ans passés dans l'exercice du sacerdoce, il retourna dans le sein du Seigneur : et maintenant il opére de grands mi- racles en faveur de ceux qui prient sur son tombeau ; car l'huile de la lampe qui brûle chaque jour auprès de son sépulcre rend la lumière aux aveugles, chasse les démons du corps des possédés, guérit les membres des paralytiques, en un mot est encore à présent un grand secours pour tous les malades. Or l'évéque Priscus, qui lui avait succédé, d'accord avec Susanne son épouse (3),

( 1) Concile i1 de Paris, en 555, selon Sirmond; Concil. Gall.; eu 55r, selon Lecointe. ( Ruin. )

(2) De Vitis Patrum, cap. 8. ,

(3) Certains évéques, comme on le voit ici, gardaient leurs fetumes : les plus pieux s'en séparaient. ( Voyez chap. 12, note 3.)

104 HISTORIA FRANCORUM, LIB. IV.

multa blasphemia ipse cum conjuge de sancto Dei : cum diu multoque tempore observatum fui me crm ut mulier domum not grederet esie (1), hec cum puellis etiam cellula,'in qua viri beati (2) quieverant, introi Sed pro his commota tandem divina majestas ulta est^ in familia Prisci episcopi. Nam conjux ejus daemone arrepta, dimissis crinibus per totam urbem insana vexabatur, et sanctum Dei, quem sana negaverat, ami- cum Christi confessa , ut sibi parceret declamabat. Episcopus ille a typo quartanæ (5) correptus tremo- rem incurrit. Nam cum typus ille recessisset, hie semper tremens habebatur ac stupidus. Filius quoque, . omnisque familia decolor esse videbatur ac stupida : ut nulli sit dubium, eos a sancti viri virtute percussos. t Semper enim Priscus episcopus ejusque familia con-

tra (4) sanctum Dei nefariis vocibus oblatrabant, ip- sumque sibi amicum esse dicentes, quicumque de eo improperia evomuisset. Jusserat enim in. primordio episcopatus sui ædificium domus ecclesiastice exaltari ; et diaconus quem sæpe propter facinus adulterii sanc- tus Dei, dum esset in corpore, non solum a commu- nione removerat, sed etiam sepius cædi præceperat, et numquam ei (5) ad emendationem ducere potuit, hic ascendens super tectum domus illius, cum dete> gere coepisset, ait : « Gratias tibi ago, Jesu-Christe * quod post mortem iniquissimi Nicetii super hunc TR ——— + (1) [1n Clun. deest. ecclesie. ]

(2) [Clun., vir beatus quieverat.]

(5) [Idem, {po quartano.

(4) [In Clun. deest contra. | (5) [Clun., eum ad emend. reducere. |

HISTOIRE DES FRANCS, LIV. I 10 se mit à persécuter et à faire périr plusieurs ux K avaient été dans la familiarité du saint hom i les punir de quelque faute, d'un crime; d' l, aprés les avoir convaincus ou pris sur le fait, quement par malice et par jalousie de ce qu'ils lui avaient été atta- chés. Lui et sa femme se répandaient en blasphémes contre le saint de Dieu; et malgré la coutume observée depuis long-temps sous les précédens évéques, de ne permettre l'entrée de la maison épiscopale à aucune femme, celle-ci, avec de jeunes filles, entrait méme dans la cel- lule reposaient les bienheureux. Mais enfin la majesté divine outragée se vengea sur la famille de l'évéque Pris- cus; car son épouse, possédée du démon, courait comme une furieuse par toute la ville, les cheveux épars; et, con- fessant que le saint qu'elle avait outragé dans son bon sens était l'ami du Christ, elle le priait à grands.cris de lui pardonner. Quant à l’évêque, frappé d'une fièvre quarte, il fut saisi d’un tremblement continuel ; car, l'ac- cès passé, il restait toujours tremblant et comme stupide. Son fils également, et toute sa famille, avait l'air hagard : et le e décolóré : c'était, il n’en faut pas douter, la vertu du saint homme qui les avait frappés. En effet, Priscus et sa famille ne. cessaient de vomir des impréca- tions contre le saint de Dieu, et déclaraient leur ami qui- conque se répandait en invectives sur son compte. Priscus avait ordonné, au commencement de son épiscopat , que l'on exhaussát les bátimens de la maison épiscopale; et un diacre que souvent, pour crime d'adultére, le saint homme, de son vivant, avait excommunié et méme fait frapper de verges, mais qui n'avait jamais vonlu s'amen- der, monta sur le toit de cette maison; et quand il eut commencé à le découvrir : «Je te rends grâce, Jésus-

ISTORIA FRANCORUM, LIB. 1V. promerui. » Adhuc verba in ore pen- im subductus